Le lendemain du quatrième soir
de Audrey Benoît

critiqué par Libris québécis, le 4 novembre 2003
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
Ce que la femme attend de l'homme
Audrey Benoît est un jeune auteur. Mannequin à New York, puis comédienne, elle a ajouté à son arc le métier d'écrivain. En octobre 2002, elle terminait une trilogie sur le besoin d'amour au féminin. Ses romans présentent avec éloquence ce que la femme attend de l'homme. Ceux qui n'ont encore rien compris à la vie de couple auraient avantage à lire ses oeuvres.
Le dernier volet de la trilogie scrute les relations que Lou, l'héroïne «trentenaire», a entretenues avec les trois derniers hommes de sa vie. La narratrice est l'amie de cette dernière, une résidante du quartier branchouillard de Montréal.
A partir de ses confidences, Marie-Pier raconte, selon un modèle uniforme pour chaque amant, la première rencontre, les moments forts, les causes de l'échec et ses discussions avec Lou.
Ce triptyque aux formes répétitives ne soulève pas l'enthousiasme. Parfois même, il est à se demander s'il s'agit bien d'un roman ou de portraits. L'auteur n'a pas suivi les prescriptions de l'orthodoxie romanesque. Heureusement, l'intrigue est assez forte pour soutenir l'intérêt jusqu'au dénouement, et l'écriture tantôt enlevante, tantôt poétique, tantôt émouvante parle au coeur de ceux et celles qui voudraient se dépêtrer dans leurs relations à l'autre.
Lou est un personnage qui s'implique. Elle ne capitalise pas sur sa grande beauté même si elle est consciente que ça joue.
Elle ne veut pas non plus incarner la fierté d'un homme, elle ne veut pas le servir comme une domestique, elle veut se réaliser dans l'amour qu'elle lui porterait. Malheureusement, les élus naviguent à contre-courant. L'un est un homme marié, l'autre est un garagiste fortuné, macho nouvelle tendance qui se targue d'être cultivé, et le dernier, un artiste à l'ego hypertrophié, projette toutes ses carences sur l'être aimée. Comment la flamme peut-elle ne pas s'éteindre quand l'allumeur est un analphabet de l'amour? Pourtant elle adore vivre sa sexualité. Le bât blesse au niveau de son devenir. Lou veut être une artiste. Elle a un talent certain pour les aquarelles et les figurines. Jamais ses prétendants ne portent attention à ses intérêts, trop préoccupés qu'ils sont de faire apprécier leurs monologues. Dans un
contexte où la vérité et la complicité brillent par leur absence, il ne reste plus qu'à délester le navire de son bois mort et à ramer à la sueur de son front.
Ce roman démontre les mécanismes qui rapprochent ceux qui s'aiment. Même si la facture est un peu déstabilisante, ça reste un roman intéressant, car le message répond bien aux angoisses de la Montréalaise de 30 ans en quête d'un partenaire qui la comblera sur tous les plans. Elle devra peut-être l'attendre jusqu'à la semaine des quatre jeudis ou jusqu'au lendemain du quatrième soir.