Station Rome
de Vincent Pieri

critiqué par Isad, le 8 mars 2014
( - - ans)


La note:  étoiles
Suicide social
Un clochard qui tient son journal dans le métro à la station Rome. Qui plus est, un homme de 37 ans qui a été 1er prix au conservatoire en piano. Et un individu qui aime éperdument Ariane, une violoncelliste qui ne ressent pas la musique divine qu’elle joue.

Ceci est un livre fort, raconté de l’intérieur, comme issu d’une expérience intime de la rue avec tous les petits désagréments du plus fort de l’hiver de celui qui se moque du regard des autres sur sa déchéance volontaire mais qui leur reproche justement de le ternir à l’écart. Être obligé de marcher la nuit pour ne pas mourir de froid, se faire voler ses maigres possessions qui sont des trésors pour qui ne les a pas, se battre pour les garder, faire la manche et provoquer ou non les passants. Et puis boire pour oublier le monde, ses regrets, le rejet d’une autre. C’est surtout l’histoire d’une folie, celle d’aimer un être unique pour qui là n’est pas l’essentiel car tendu vers son art. Elle montre le danger de se consacrer à une seule chose dans la vie (personne, idée, ...) et de ne pas être capable de rebondir dans le cas où elle vient à faire défaut ou à disparaître. Et la fin est une surprise ;-)

La forme est bien sur celle d’un journal qui ponctue les jours et parfois les heures avec des retours en arrière qui expliquent, par petites touches, les raisons apparentes de la déchéance de son auteur. Le style est contrasté avec des phrases longues et poétiques quand il se laisse porter par la musique, et d’autres courtes, en langage parlé, hachées pour exprimer la colère et l’exaspération.

L’auteur parle de son livre ici : http://www.youtube.com/watch?v=zy3UDFrXMbg

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