Le fil rouge de ce recueil de chroniques radiophoniques tourne autour de l’organisation des insectes sociaux : les fourmis, en tout premier lieu, puis surtout les abeilles. Jean-Claude Ameisen s’interroge sur l’intelligence sociale de ces insectes. Leur organisation y est scrutée, depuis les stratégies de recherche de nourriture, en passant par la répartition des tâches et les prises de décisions collectives.
C’est au final la possibilité d’une « émotion » et d’un langage « animal » qui est évoquée, à l’aune de ces insectes évidemment. Quoi qu’il en soit les nombreux exemples du livre sont passionnants. La complexité de ces sociétés animales et la richesse des interactions entre leurs membres donnent le vertige. Bien sûr l’exemple de la "danse des fleurs" des abeilles est très connue, mais on apprend aussi le cas de la « danse de l’essaim ». Réalisée par des « éclaireuses » pour le choix de la localisation de la nouvelle colonie, elle se fera sur un « débat contradictoire » et un « consensus » qui n’est pas sans rappeler un système que par anthropomorphisme on pourra appeler « la démocratie des abeilles ».
Dans ce livre on retient aussi certains portraits de chercheurs et de savants. Pour n’en citer que quelques-uns : Darwin tout d’abord, dont les citations et les extraits d’œuvres montre la clairvoyance et une profondeur de vue quasi philosophique. J’ai découvert à cette occasion d’ailleurs qu’il a écrit bien autre chose que L’origine des espèces comme par exemple Les expressions des émotions chez l’homme et l’animal ; Thomas Seley, dont on partage l’émotion quand il découvre enfin la signification de la « danse de l’essaim » ; enfin, Johannes Kepler qui s’émerveille et s’interroge sur la formation et la structure des flocons de neige... Le livre met aussi en avant la démarche scientifique, depuis une hypothèse jusqu’à la construction des expériences et les conclusions qu’on peut en tirer (ou pas d’ailleurs).
Je crois avoir préféré Je t’offrirai des spectacles admirables au Les battements du temps, un autre recueil de chronique du même auteur ici de son émission radiophonique sur les Épaules de Darwin. Les textes y sont peut-être plus homogènes et un peu moins bavards. Certes la prose de Jean-Claude Ameisen a toujours ce côté un peu lent, un peu hypnotique qui m’agace parfois, mais je suis bien obligé d’avouer qu’elle convient plutôt bien à l’ambiance contemplative et à la profonde réflexion que cette lecture peut engendrer quant à la compréhension du Monde et de la Nature, et la place qu’y tient l’être humain.
Fanou03 - * - 49 ans - 19 mars 2022 |