— « Hamer a écope de quelques années de prison » lit-on dans la présentation. On pourrait croire qu’une telle condamnation est la conséquences d’avoir diffusé ses écrits. Il n’en est rien : extrait de mon livre « Quand les thérapeutes dérapent » (un chapitre est consacré sur Hamer) :
« Il n’a jamais été emprisonné à cause de ses idées.
Contrairement à la légende, il n’a jamais été incarcéré à cause de ses idées. Il a été initialement condamné à un total de dix-neuf mois de prison par le tribunal de Cologne en 1992 et en 1997, « pour non-assistance à personne en danger, infraction à la législation sur les médecines parallèles et exercice illégal de la médecine » (1). Suite à une troisième condamnation en 2004 (Chambéry - France) pour escroquerie et complicité d’exercice illégal de la médecine, il a été emprisonné durant dix-sept mois (2) ».
1. http://www.prevensectes.com/hamer.htm ; la Cour d’appel de Chambéry l’a condamné le 1er juillet 2004 à trois ans de prison.
2. Minutes du procès de Chambéry (http://prevensectes.com/stop2.htm)
— On pourrait croire que la “médecine” de Hamer apporte quelque chose de neuf et que la médecine conventionnelle négligeait ou ignorait :
Il faut rappeler aux « décodeurs biologiques » (ou « thérapeutes en décodage biologique », selon notamment l’appellation en vigueur) que ni Hamer ni Sabbah n’ont rien découvert de vraiment neuf : la médecine psychosomatique est une branche reconnue de la science médicale et au fil des ans, elle fait état d’un nombre croissant de maladies dont l’origine est psychique :
« La théorie psychosomatique, en France, a été élaborée en 1958 par un groupe de psychanalystes psychosomaticiens appartenant à la Société Psychanalytique de Paris, rassemblés sous le nom de l’Ecole de Paris […]. L’originalité de ces travaux repose sur une découverte fondamentale : le processus de somatisation apparaît lorsque le sujet n’est pas capable de traiter mentalement les contradictions qui pèsent sur lui. ».
(Yves RANTY, Les Somatisations, L’Harmattan, p. 48.)
« Des études cliniques, effectuées sur des malades dont on a pu établir tous les antécédents biographiques, ont montré l’existence d’un rapport chronologique entre l’évolution de leur maladie et les événements retentissant sur leur vie affective. La situation qui précipite le sujet dans la maladie revêt pour ce malade une signification affective particulière, parce qu’elle est liée à son passé ou à une problématique conflictuelle non résolue. C’est en raison de ces liens qu’elle a pour lui un effet de stress. »
(A. BECACHE, Psychologie Pathologique, Abrégés Masson, p. 219).
« C'est la médecine tout entière qui doit s'ouvrir à la psychologie et devenir psychosomatique. Ou pour mieux dire, avec WEISS et ENGLISH [°] : "Toute maladie relève à la fois de l'esprit et du corps et toute thérapeutique est, de ce fait, de la médecine psychosomatique. Lorsqu'on en sera dûment persuadé, le terme psychosomatique pourra disparaître, les données qu'il traduit étant désormais impliquées dans le terme médecine". Mais pour cela il faut que tous les médecins et psychiatres soient authentiquement formés à la psychologie et aient renoncé au préjugé organiciste. » (Marc-Alain Descamps, Corps et psyché, DDB, p16).
° Médecine Psychosomatique. L'Application de La Psychopathologie aux Problèmes Cliniques de Médecine Générale qui est un ouvrage de référence.
D’ailleurs en 1977, un triple prix Nobel a encore souligné les indéniables liens psychisme-corps (cf. http://retrouversonnord.be/Psychobiologie.htm/…).
Malheureusement, ni Hamer ni Sabbah (qui ont lancé le « décodage biologique ») ne font état de quelque parcelle de ce qui précède, ni ne font référence à quelque pan de l’histoire de la psychosomatique, faisant alors croire qu’ils sont mis au jour quelque chose de neuf et dont la médecine conventionnelle, ni la psychothérapie ne s’occuperaient pas à ce jour ! C’est une position avérée d’imposture scientifique et de malhonnêteté intellectuelle caractérisée !
Je ne suis donc pas d’accord d’accorder la moindre légitimité au « “décodage biologique” ou la “Biologie Totale” comme des supports d’informations ou de compréhension annexe de la maladie et que le corps essaye d’exprimer..!
Oui la maladie a un sens mais seulement celui que lui donne (en toute liberté et sans être sujet à quelque suggestion) le patient ; il est donc inutile et surtout dommageable de livrer des décodages vu les emporte-pièce qu’ils constituent ; je trouve plus que regrettable qu'ici encore on croit rendre (vraiment) service en fournissant un catalogue prêt-à-porter de "décodages biologiques" !
En plus, déontologiquement, le thérapeute digne de ce nom, qui doit pratiquer une relation d‘aide de type maïeutique (faire accoucher l’autre à lui-même), doit s’abstenir de faire référence à quelque théorie que ce soit, mais doit plutôt s’attacher à placer le patient en situation de découvrir que celui-ci sait mieux que tout autre ce qui est à l'origine de ce dont il souffre (psychologiquement).
Ainsi, le patient sera en mesure de garder tout le bénéfice de ses découvertes, ce qui est d’autant plus crucial qu’on observe couramment que ce faisant, il met ensuite en œuvre plus facilement le processus d’action réparateur qui lui convient le mieux.
En effet, le but poursuivi est d'aider le patient à se mettre dès que possible ce qui conduit librement à l’action libératrice, pour atteindre le mieux-être recherché, mais sans jamais le faire rentrer dans quelque moule de quelque thérapie ou théorie que ce soit, ni lui présenter, par exemple, des solutions toutes faites, des recettes, quelles qu'elles soient.
Accueillant des patients qui sont tombés dans le travers de la pèche au décodage, je peux vous assurer qu’ils comptent parmi ceux qui ont le plus de difficultés à exprimer leurs ressentis par rapport à leurs maux et qu’il est alors plus ardu de les faire prendre de nouveau confiance
dans leurs capacités à mettre en action leur médecin intérieur :
« Le vrai médecin est le médecin intérieur. La plupart des médecins [et thérapeutes] ignorent cette science qui, pourtant, fonctionne si bien », soulignait pertinemment le Dr Albert Schweitzer.
Certes, suivant cette ancienne définition de la psychothérapie mais pratiquée selon notamment les critères éthiques et déontologiques abordés plus haut, voici ce que met en jeu un accompagnement psychothérapeutique digne de ce nom : « La psychothérapie est l'ensemble des moyens par lesquels nous agissons sur l'esprit malade ou le corps malade, par l'intervention de l'esprit [celui du patient qui est alors mis en situation de pouvoir le faire] » (Antoine Porot, co-auteur d'un "Manuel alphabétique de psychiatrie" (1952) :
BaudouinLabrique - - 74 ans - 26 février 2014 |