Trois p'tits chats
de René Boulanger

critiqué par Libris québécis, le 13 février 2014
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
La Folie de la guerre
Quand les Nazis ont envahi la France lors de la Deuxième Guerre mondiale, les gens fuyaient vers la campagne où ils formaient de longues colonnes sur les routes. Ces hordes humaines ont été décrites par St-Exupéry dans Pilote de guerre et par François Boyer dans Jeux interdits. Six décennies plus tard, René Boulanger revisite l'événement à travers la chanson des Trois p'tits chats.

Son roman en illustre les paroles en confiant les chats en question à Sophie, une petite fille qui quitte Paris avec sa mère pour tenter de rejoindre son père, un pilote de l'armée française posté à Bordeaux. En cours de route, elle devra les abandonner à une vieille dame en chapeau de paille et coucher sur un paillasson. C'est ainsi que la chanson s'incarne jusqu'à la tragédie qui y met fin : Trois p'tits chats, chapeau de paille, paillasson… veuve de guerre, guerre de Troie. Coïncidence tragique, l'armée allemande abat, sous les yeux de l'enfant, l'avion de son père qui s'en éjecte en parachute. La mère et la fille accourent sur les lieux de l'écrasement, où il meurt de ses blessures peu de temps après leur arrivée.

Derrière cette trame dramatique se profile un message nationaliste pour encourager la résistance à toute oppression, car il y a toujours une planche de salut qui attend ceux dont l'espace et la culture sont menacés. Le discours est naïf comme celui du Petit Prince. Il mettra du baume sur les plaies des victimes de guerre, mais les séquelles sont difficilement curables. La réhabilitation suit plutôt un long cheminement auquel les sauveurs qui cautionnent les idéaux ne peuvent rien.

Le traitement poétique de la folie belligérante par René Boulanger reste un ersatz. L'espoir ne s'acquiert pas à aussi bon marché que le prétend l'auteur. C'est quand même une œuvre agréable à lire et bien ficelée, mais l'écriture estudiantine refroidira le plaisir du lecteur.