Carlos Fuentes a adopté une forme d’une grande originalité pour évoquer le Rio Grande – Rio Bravo, ce fleuve qui fait frontière entre Mexique et USA, en prenant le parti de neuf récits, neuf nouvelles dans lesquelles on retrouve progressivement des personnages évoqués dans les nouvelles précédentes … jusqu’au neuvième récit où l’ensemble trouve une cohérence inattendue, inespérée : la dernière pièce du puzzle en quelque sorte.
Son écriture n’est pas aisée. Plutôt rugueuse, plutôt râpeuse, non, ce n’est pas un écrivain « facile ». Des phrases, telle celle-ci, on en trouve à foison :
« Cependant, son jardin actuel était un jardin perdu et ce jour-là, sans le vouloir vraiment, un peu comme si elle ne se rendait pas compte de ce qu’elle disait, convaincue de se l’être toujours dit comme ça, en son for intérieur, mais prononçant en fait clairement les paroles, non à l’adresse de la servante qui ne se trouvait que par hasard debout derrière elle avec le plateau à thé dans les mains, non, plutôt une chose qu’elle disait, ou qu’elle aurait dite de toute façon, même seule, elle déclara qu’à La Nouvelle – Orléans sa mère sortait sur le balcon les jours de fête parée de tous ses bijoux afin que toute la ville l’admire en passant … »
Ecriture rugueuse donc, mais propos riche, très riche. « La frontière de verre », c’est ce Rio Grande (côté nord-américain), ou Rio Bravo (côté mexicain), qui sépare les deux pays au niveau du Texas. C’est ce fleuve que tentent de traverser quotidiennement, toujours dans le même sens, dans le sens de la lumière vers celui de la richesse, les sans-travail mexicains pour tenter de grapiller des dollars à envoyer à la famille restée au pays et lui permettre ainsi de subsister.
Ces neuf récits parlent donc tous de cette course vers le pays de « cocagne », le pays de tous les malheurs aussi pour celui qui l’atteint. Pauvreté et dignité contre opulence et arrogance ; la course est perdue d’avance … sauf peut-être quand un Carlos Fuentes s’en mêle ?
« La frontière de verre » c’est un propos digne et humain sur un drame quotidien, vu par le petit bout de la lorgnette.
Tistou - - 68 ans - 2 juin 2009 |