On finit toujours par payer
de Jean Lemieux

critiqué par Libris québécis, le 23 septembre 2013
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
Folie meurtrière aux Îles-de-la-Madeleine
Jean Lemieux est un médecin qui, entre deux patients, écrit des polars campés dans l’archipel des Îles-de-la-Madeleine. Il exploite la géographie et l’ethnographie propres de ce microcosme composé de pêcheurs comme leurs voisins, les Miquelonais.

Les Madelinots habitent un havre de paix à l’abri de la criminalité. Mais tout est possible dans un contexte moderne qui veut que la drogue soit un viatique salutaire pour les jeunes. Une nuit d’automne, on a retrouvé Rosalie Richard morte au bout d’un chemin à cause de ses dettes reliées à sa consommation. C’est du moins l’hypothèse du sergent Gingras chargé de l’enquête. Mais le policier André Surprenant diffère d’opinion. Il penche plutôt en faveur d’une savante mise en scène pour se débarrasser d’une étudiante gênante, accablée par le suicide de son frère. Pour ne pas être taxé d’insubordination, il cueille en parallèle des informations pour étayer sa thèse. Il sait que sa divergence pourrait être une entrave à des promotions éventuelles, voire une cause de destitution. Cette situation crée une atmosphère de tension que l’auteur monte en épingle pour soutenir l’intérêt de cette enquête menée autant dans un milieu maritime qu’hospitalier en raison des liens de la victime avec son médecin.

Et grâce au profil psychologique bien tracé des personnages, le roman tient facilement la route. Mais en chemin, l’auteur délaisse quelque peu l’art romanesque en faveur d’un résumé rapide cousu de fil blanc. Malgré cette précipitation incongrue, l’atmosphère dramatique tient en haleine d’autant mieux que le cadre maritime choisi représente en lui-même un attrait touristique pour les Québécois. Un attrait assez fort pour que ce roman, au titre dépouillé de poésie, ait été récemment porté à l’écran par Gabriel Pelletier avec un titre plus évocateur, soit La Peur de l’eau.