Le devoir de mémoire ne concerne pas seulement les peuples, il concerne aussi les individus. Les personnes qu’on prive de leur histoire personnelle, de la vérité de leur histoire vivent de travers, rêvent de travers. Ils ont du mal à vivre pleinement parce qu’il y a une béance qui les traverse, une déchirure, une plaie, un vide qu’ils s’acharnent à remplir parfois ou au contraire qu’ils s’efforcent de repousser hors de leur conscience. C’est la même chose pour les peuples qui refusent d’assumer leur mémoire.
Ainsi Richard Flanagan nous conte l’histoire de Sonja, une jeune australienne originaire de Tasmanie dont les parents sont venus d’Europe après la guerre.
Des parents émigrés qui portent la mémoire des souffrances vécues en Europe, la Tasmanie qui portent la mémoire des souffrances infligées aux aborigènes et à son passé de bagne pour les émigrés européens. Que des histoires douloureuses. Et Sonja tente de combler les déchirures du tissage de sa mémoire. Sa mère a disparu une nuit en 1954. Sonja avait 3 ans. Depuis, elle survit avec son père dans le silence, dans le non dit et dans les coups jusqu’au moment où elle fuit.
Alors qu’elle a 38 ans et un enfant en espérance, elle veut se réapproprier sa vie et donc sa mémoire. C’est comme un enquête avec des va et vient, des brèves à rebrousse temps pour reconstruire sa vie au passé et au présent et ainsi lui restituer un avenir. C’est aussi un lent travail de réconciliation avec ses racines. Celles de la Tasmanie, celle de l’émigration, celle des horreurs de l’histoire et les racines familiales.
En quête des origines pour qu’un enfant s’enracine…
Belle lecture parce que belle quête et belle écriture.
En collection 10/18
Channe01 - - 71 ans - 19 septembre 2005 |