L'Ecclésiaste
de Auteur inconnu

critiqué par Tanneguy, le 8 septembre 2014
(Paris - 85 ans)


La note:  étoiles
Vanité des vanités : tout est vanité
Cette formule qui figure en tête du texte donne une bonne idée de ce que nous propose ce petit livre. Cette courte partie de la Bible, dans une traduction limpide et agréable que l'on doit à Ernest Renan, consiste en une suite d'anecdotes et d'aphorismes que nous avons souvent entendus dans la vie courante.

Ce texte est suivi par une longue analyse d'Ernest Renan:qui peut en être l'auteur ? Qui est le personnage principal ? On parle de Salomon, de Hérode (le grand). Pourquoi figure-t-il dans la Bible canonique ? (il y eut, semble-t-il d'âpres discussions). Comment a-t-il de l'influence sur les religions "du Livre" ?

Bref, Ernest Renan fait le travail que l'on est habitué à lui voir faire et il le fait remarquablement. C'est un enchantement ! Il paraît que Jules Renard a indiqué qu'il était un des dix livres qu'il emporterait sur une île déserte.
Ne soyons pas plus sages qu'il n'est besoin 8 étoiles

« Vanité, vanité, tout n’est que vanité. » Cette maxime des millions de fois répétée, mille fois écrite, inusable, inoxydable, introduit L’Ecclésiaste, ce court texte inséré dans la Bible hébraïque dans le Ketouvim, parmi les « Cinq rouleaux », entre les Lamentations et le Livre d’Esther. La Bible est composée de textes différents rassemblés dans un même livre dont il existe plusieurs versions. A la lecture de « L’Ecclésiaste » on pourrait penser que ce texte aurait été écrit par le roi Salomon lui-même, « Moi, l’Ecclésiaste, qui fut roi d’Israël dans Jérusalem, …, je résolus de rechercher et d’examiner tout ce qui se passe sous le soleil… », mais le contenu et la forme du texte ont orienté les exégètes vers d’autres hypothèses dont aucune, à ce jour, n’a pu être validée. L’Ecclésiaste reste donc un texte pseudépigraphe attribué à un auteur dont le nom ne correspond vraisemblablement pas à son l’identité réelle.

Ce texte selon les datations aurait été écrit entre le III° et le I° siècle avant notre ère. L’édition proposée par Louise Bottu éditions correspond à la traduction de Lemaistre de Sacy revue et corrigée par le préfacier : Frédéric Schiffter. Dans cette préface, il fait une lecture de L’Ecclésiaste en parallèle avec certains textes de Spinoza que je n’ai pas lus, je ne peux donc apporter aucune remarque à cette préface. Je pourrais seulement souligner que le préfacier a, chez ce même éditeur, publié « Le voluptueux inquiet », une réponse à « La lettre sur le bonheur » d’Epicure. On remarque donc qu’Epicure, le pseudo Ménécée et l’auteur de l’Ecclésiaste partagent une certaine vision de la vie sur terre.

L’Ecclésiaste estime que dans la vie tout est vanité, vanité au sens puérilité, futilité, vaineté, … « … J’ai trouvé que tout était vanité, à commencer par les actions des hommes qui ne sont que brassage d’air ». Tout au long de son texte, il répète que tout est vanité, l’argent, le pouvoir, les richesses matérielles, …, ne sont que vanité. Le riche comme le pauvre décédera un jour. Même les efforts sont inutiles car les fruits qu’ils porteront ne seront qu’éphémères. Le laborieux, le besogneux, ne seront pas récompensés de leurs efforts et n’auront pas meilleures fins que le fainéant et le profiteur. « On enterre le sage comme le fou ».

Selon L’Ecclésiaste, la vie ne serait qu’acceptation, résilience, mesure, sagesse. Il conviendrait, d’accepter le temps et ce qu’il contient comme ils viennent. Il récuse les philosophes et les scientifiques qui ne peuvent en rien améliorer la vie sur terre. « … j’ai constaté que même la philosophie n’épargnait pas l’accablement et, même, que la science accroissait la peine ». « Ne vaut-il pas mieux pour tout un chacun se contenter de manger, de boire, et de se satisfaire, mais seul, du fruit de ses travaux ? ».

La fatalité a accablé l’homme quand il est apparu sur terre, « Le seul péché dont les humains se rendent coupables génération après génération est celui de naître et leur châtiment celui de vivre ensemble ». L’homme ne changera a jamais son destin car tout a déjà été et tout sera à nouveau, le changement n’existe pas. « Pourtant ce qui s’est produit autrefois se produira à l’avenir, ce qui fut sera de nouveau ».

Ce qui m’étonne le plus dans ce court texte, ce sont la misanthropie et la misogynie affichées par l’auteur, même si on peut penser qu’autre temps autres mœurs, « … entre mille hommes on en peut trouver un estimable ; mais, parmi toutes les femmes, pas une seule ». Et pourtant la femme est bien nécessaire à l’homme pour qu’il vive en harmonie avec les préceptes énoncés par l’auteur : « Voilà pourquoi il nous faut jouir de la vie passagère avec la femme que nous aimons, pendant tous les jours de notre vie passagère ».

J’ai trouvé dans ce texte des principes qui pourraient avoir été empruntés aux Epicuriens et mélangés avec d’autres puisés chez les Stoïciens, impression personnelle, peut-être, mais ce qui est sûr c’est que ce texte semble bien peu religieux, il est surtout moral, conseillant de profiter de la vie en toute modération. « Profitons du bonheur quand il se présente et préparons-nous au malheur… » car « Le seul bonheur que Dieu donne aux hommes sous le soleil, et dont ils doivent se contenter de la naissance à la mort, consiste à manger, boire, se réjouir, se reposer ». Certains trouveront que c’est peu mais c’est déjà beaucoup quand on considère toutes les calamités qui ont affligé, affligent encore, et affligeront certainement toujours, l’humanité.

« La tragédie des hommes est que le monde n’est pas fait pour eux et qu’il n’y en a pas d’autre… »

Débézed - Besançon - 77 ans - 19 juillet 2020


Toujours bon à se remérmorer 8 étoiles

En quatrième de couverture :
« Rédigé en hébreu quelques deux siècles avant Jésus-Christ, le Cohélet – ou Ecclésiaste – a toujours fasciné philosophes, théologiens et poètes. Nombres de ces aphorismes sont passés dans le langage commun : « Un temps pour tout », « Rien de nouveau sous le soleil », « Vanité des vanités » … Inscrit dans l’Ancien Testament L’Ecclésiaste demeure un texte énigmatique dont le caractère religieux n’est pas évident. » Il est traduit ici par le philologue Ernest Renan.


Extraits :

- Puis m’étant mis à considérer les œuvres de mes mains et les travaux auxquels je m’étais livré, je reconnus que tout est vanité et pâture de vent que rien n’est profit solide sous le soleil.

- Je compris que tout effort, tout succès se résument en jalousie, en désir de surpasser son semblable. Encore une vanité, une pâture de vent. Mieux vaut une poignée de bonheur calme que les deux mains pleines de labeur et de vains soucis.

- Ce qui rend la condition de l’homme si mauvaise, c’est qu’’il ignore ce qui doit arriver, et que nul ne peut lui indiquer comment les choses se passeront.

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Voici ce qu’en dit Jean d’Ormesson :
https://www.youtube.com/watch?v=D8Yc2XwWqLQ

Catinus - Liège - 73 ans - 2 octobre 2016