Conrad Detrez a écrit une trilogie sur son "autobiographie hallucinée" dont ce roman est le deuxième volet qui couvre l'adolescence de l'auteur. Elle ne se veut pas parfaitement fidèle à la réalité puisqu'il s'inspirera de plusieurs années de son adolescence qu'il va contracter de façon fantaisiste ici. Le personnage principal se retrouve dans un internat catholique dans lequel ne sont inscrits que des garçons. Des religieux prennent en charge l'éducation de ces jeunes avec certains travers que dénonce l'écrivain : dureté, perversion sexuelle avec ce religieux qui prend plaisir avec des gallinacées, la pédophilie ... L'écrivain raconte aussi les amitiés masculines, la découverte du désir et des pulsions, les premières découvertes sexuelles, mais aussi le contexte de la Belgique dans ces années-là avec le questionnement sur la monarchie et les questionnements sur les langues parlées dans le pays.
L'écrivain transfigure le réel et l'on semble souvent basculer dans un univers fantaisiste. Il connaît très bien l'Amérique du sud et son réalisme magique et c'est ce qui nourrit ses romans, à sa façon. On pense un peu à Rimbaud et "son dérèglement des sens". Quand l'auteur décrit les adolescents à la plonge, tout bascule dans un univers transfiguré. Quand il évoque Victor, ce garçon aux beaux cheveux noirs qui exerce une certaine attraction sur le narrateur, couché dans la terre, la description semble devenir fantastique avec cette terre décrite comme des sables mouvants dans lesquels les corps semblent se débattre. Dans les scènes aussi où les religieux ont des comportements sensuels abjects, le récit emprunte au monde imaginaire pour dire l'indicible ou l'inacceptable. L'homosexualité est présente dans certaines scènes ou dans le choix de certains termes avec lesquels Conrad Detrez joue. Ne serait-ce que lorsqu'il évoque l'Epoux céleste auquel ces garçons doivent se consacrer ...
L'écriture est l'une des forces de ce roman. L'auteur a son propre univers, son propre imaginaire, invite ses lecteurs au voyage dans des images auxquelles nous sommes peu accoutumés. Ses romans ne ressemblent à rien de ce qu'on a l'habitude de lire. Il y a peut-être un peu de Rimbaud. L'univers de Mircea Cartarescu pourrait trouver aussi une résonance dans ces romans. En prenant du recul, on a conscience que l'auteur parle de sujets que l'on a déjà vus en littérature mais sa façon de narrer est unique et de qualité. Un très grand écrivain ! Ses images continuent à vivre dans notre mémoire;
Pucksimberg - Toulon - 45 ans - 25 juin 2023 |