Jean Deuve
de Christophe Carichon

critiqué par JulesRomans, le 22 mai 2013
(Nantes - 66 ans)


La note:  étoiles
Une vraie vie de Viking en plein XXe siècle
Voilà un livre d’un historien et officier de réserve qui a su rendre parfaitement le côté "roman d’aventures" de la vie de Jean Deuve. De famille normande ayant développé une tradition certaine de service dans les armées ou la marine française, Jean Deuve fut dans sa jeunesse un responsable scout. Cet ouvrage est d’ailleurs l’occasion de rappeler combien ce mouvement de jeunes fut en lien avec l’esprit militaire et comment y compris dans l’Entre-deux-guerres des évêques l’interdire dans leur diocèse car y voyant entre autre la main noire schismatique des protestants.

Le personnage débute fort mal sa carrière militaire (sans en être responsable et tout en y gagnant une première décoration) car il est au début de celle-ci plongé dans la débâcle de 1940. Appartenant à l’armée d’armistice au chiffre de 100 000 hommes, Jean Deuve part en février 1942 pour Dakar d’où il rejoint le Niger où il reste jusqu’à l’été 1943.

Après cette date il part en formation au sein de la Force 136, une formation britannique connue pour avoir dynamité en Thaïlande le pont de Kanchanarubi, qui dans la fiction du roman puis du film devint le pont de la rivière Kwaï. Il apprend là tout ce qui est utile pour vivre à l’arrière des lignes ennemis afin d’y développer des actions de guérilla. C’est ce qu’il va réaliser jusqu’à la capitulation du Japon le 2 septembre 1945. Après celle-ci la situation en Indochine est d’une rare complexité et face aux jeux très personnels des Américains hostiles à la reconduite d’une présence française, Jean Deuve va devoir se frotter aux déserteurs japonais, aux pirates en particulier thaïs, aux Chinois du Kuomintang qui occupent la moitié nord de l’Indochine, au Vierminh, aux forces neutralistes ou communistes laotienne …

Dans cet Extrême-Orient compliqué l’auteur amène des idées simples (pour parodier un mot du général de Gaulle) et quiconque veut parfaitement saisir l’univers indochinois des années 1945-1954 (dont l’excellente bande dessinée des années 2010 "La rafale" de Patrick Cothias , Patrice Ordas et Winoc ) gagnera à lire cet ouvrage. Toutefois après cette longue expérience laotienne la carrière de Jean Deuve ne s’arrête pas là, et elle prend un tournant particulier au sein au sein du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE).

Il est à noter que de Jean Deuve est sorti pour 2013 en livre de poche l’œuvre "Stratagèmes de la seconde guerre mondiale" au Nouveau Monde ; une première édition en 2008 précéda de peu le décès de son auteur.