Jos
de Philippe-Jean Poirier

critiqué par Libris québécis, le 15 avril 2013
(Montréal - 82 ans)


La note:  étoiles
What does Quebec want ?
Jos Montferrant est un homme fort présenté comme l’ancêtre du Québécois francophone d’aujourd’hui. Le « Samson canadien », né à Montréal en 1802, se caractérise par son indifférence à l’égard des ambitions de sa propre nation. Il ne se sent aucunement attaché au ceinturon fléché, artéfact national que l’on portait jadis au Québec. Devenu adulte à l’époque des patriotes, qui ont mené une rébellion sanglante contre l’envahisseur anglais, il est même agacé par leurs revendications.

Jos mène une vie de fainéantise en attendant de pouvoir identifier le grand rêve qui l’habite jusqu’à ce que sa mère le chasse du logis à 16 ans. Doué d’une force herculéenne, il se tourne vers le monde de la boxe. La chance lui sourit quand son ami Peter Aylen lui décroche un combat. Sa victoire décisive sur un maître de ce sport en Angleterre le couvre de lauriers aux yeux des Canadiens-français. Il est loin de devenir le Maurice Richard du X1X e siècle, un hockeyeur perçu comme un icône du peuple. Sa gloriole s’étiole en un jour comme l’hémérocalle. « C’est-ti pas triste de voir ce que vous devenez, lui lancera un cabaretier patriote. Boire comme un animal, jouer les gros bras contre les gens de sa race... »

Jos s’attend à réaliser de « grandes choses ». Sa quête de soi suit un parcours exempt de balises, voire un parcours qui l’amène à renier ses origines. S’il est un héraut, c’est celui de l’indétermination : « What does Quebec want ? », demande le reste du Canada. Sa vie s’est consacrée à un monde « sans allégeances ». Mille métiers, mille misères, il offre ses bras aux plus offrants. L’Outaouais l’accueille comme bûcheron, mais, rapidement, il doit participer à des bains de sang auxquels se livrent les Shiners (Irlandais) et les Orangistes (Anglais) pour s’assurer de l’hégémonie sur les eaux de la rivière Gatineau, le véhicule servant au transport des billes de bois vers les entreprises de pâte et papier.

Le roman se limite à des aspects fragmentaires de cette légende de notre folklore, mais il contribue tout de même au débat identitaire actuel.