Ce livre portant sur le bonheur se démarque de ceux que j'ai pu lire sur ce sujet, qui se rapprochent plus de guides de développement personnel, en s'appuyant parfois sur une littérature scientifique très vulgarisée (L'apprentissage du bonheur de Tal Ben-Shahar, Le défi positif de Thierry Janssen etc.). L'auteur, économiste, part du constat que la satisfaction de la vie quotidienne des "occidentaux" n'a pas évolué positivement depuis la seconde guerre mondiale, alors que les conditions matérielles, elles, se sont améliorées. Sa thèse est que cela est dû à la pauvreté relationnelle qu'implique la croissance telle qu'elle est conçue politiquement et économiquement aujourd'hui.
L'exemple le plus illustratif de ce paradoxe (dit d'Easterlin : l'amélioration du PIB n'est pas forcément corrélée à une augmentation du bien-être des individus) étant le cas des Etats-Unis ; l'auteur va baser l'argumentaire essentiellement à partir de données sur ce pays, en n'hésitant pas à les comparer à celles de pays européens qui suivent sa trace (particulièrement la Grande-Bretagne). Comme Michel Desmurget dans Mad in U.S.A, l'auteur remet en cause le fait que l'on considère parfois l’Europe comme "archaïque", tout en voulant s'inspirer du "modèle américain".
Stefano Bartolini balaye une multitude de sujets, remettant systématiquement en cause la culture de consommation des individus, n'hésitant pas à renvoyer vers d'autres ouvrages et études. Il s'appuie parfois sur des théories économiques comme le dilemme du prisonnier ou la théorie de substitution des motivations qu'il explicite très clairement.
Il émet des propositions concrètes qu'il est possible de mettre en place à l'échelle collective, permettant d'améliorer la qualité des relations dans la vie urbaine, dans la formation scolaire et universitaire, au travail, dans les institutions (notamment sanitaires). Une fois ces changements d'orientations et de gestion mises en place, on devrait voir les indicateurs du bonheur croître. Même si l'auteur évoque peu les initiatives individuelles, je suppose qu'il serait d'accord pour dire que l'on peut agir aussi à son échelle en adoptant un mode de vie "plus sain".
Je recommande fortement cet ouvrage, positif et accessible.
Certes, on pourrait relever quelques erreurs ("en France, la publicité a disparu des chaines publiques de télévision") et interprétations d'études un peu exagérées (notamment lorsque l'auteur dit que s'engager dans une association caritative diminue de 50% notre risque de mourir l'année où on y adhère). On peut aussi regretter que rien ou presque n'est dit sur les pays dont les besoins primaires d'une grande partie de la population ne sont pas satisfaits.
Malgré ces petits points un peu plus litigieux, je compte chaudement recommander autour de moi cet ouvrage, d'autant plus qu'il est écrit par un économiste (ce qui n'est pas nécessairement un gage de sérieux, mais cela fait juste du bien de savoir qu'il existe des économistes remettant en cause de manière argumentée le modèle en place).
Elya - Savoie - 35 ans - 9 avril 2014 |