Mon quartier
de Dominique Fabre

critiqué par Darius, le 20 janvier 2003
(Bruxelles - - ans)


La note:  étoiles
La nostalgie
C'est chez Fayard, et cela aurait pu être aux Editions de Minuit, tant son atmosphère nostalgique si caractéristique nous enveloppe à chaque détour de page.
"Mon quartier" se veut un recueil de nouvelles qui se déroulent dans le même quartier.
Certain personnage qui apparaît dans une nouvelle se retrouve dans la suivante en tant que héros principal. C'est intéressant, et cela donne des idées de roman à ceux qui n’en ont pas.
L'auteur a même poussé l’astuce jusqu'à reproduire une carte de son quartier en milieu de livre. Cela permet au lecteur de savoir où se logent les différents protagonistes.
Qu’ils reviennent des States ou de Cannes, tous ressentent l’appel de la nostalgie du quartier qui les a vus naître. Tous les personnages campés sont différents, mais ils se ressemblent tous, qu’ils aient dix-sept ans deux mois cinq jours ou soixante-dix sept ans, qu'ils soient homme ou femme.
Comme si leur quartier les avait forgé d’une seule pièce unique. Le lecteur ne comprend pas toujours la chute, mais est-ce vraiment grave ? On reste sur une interrogation comme dans la nouvelle du chapitre VII qui traite du déménagement : "Je n’ai jamais revu Manu. Quand je pense à lui, je pense que j’aurais dû faire quelque chose, je pense à plein de petites choses, à la lumière qui le gênait, aux mouettes du terrain vague, à la cabine téléphonique où j’étais sûr de le trouver s’il n'était pas chez lui, à la douche qui pissait jaune et je finis toujours par me demander aussi, pour l’ambulance. J'aurais dû faire quelque chose". De petites histoires quotidiennes comme il nous en arrive si souvent et auxquelles nous ne prenons pas garde…
La vie d'un quartier 7 étoiles

Le héros du roman, c'est un quartier, à la périphérie de Paris. Un quartier populaire incarné par huit voix, des personnages qui viennent chacun à leur tout nous confier des morceaux de leurs vies. Des monologues, des confessions, huit nouvelles intérieures. La vie d'une banlieue à travers huit histoires, empreintes de douceur et pudeur, comme celle de ce lycéen amoureux et maladroit qui confie la difficulté de ses émois. Des êtres marqués par une profonde solitude ou une détresse insurmontable. Tour à tour, chaque personnage devient le héros, le temps d'un récit. Belle alternance de portraits et de caractères.
Dominique Fabre a parfaitement rendu ses personnages vivants et réels, on a l'impression de connaître quelqu'un qui leur ressemble ou d'avoir, un jour ou l'autre, vécu ce quotidien banal. Un beau recueil, triste et poignant.

Sahkti - Genève - 50 ans - 11 avril 2006