Mémoires de l'inachevé: (1954-1993)
de Grisélidis Réal

critiqué par Lectio, le 19 janvier 2013
( - 75 ans)


La note:  étoiles
Cris d'amour, de souffrance et de haine.
Grisélidis Réal (1929-2005) fut connue dans les années 1970 comme porte parole des mouvements de prostituées. Depuis qui se souvient de cette "putain révolutionnaire", de sa vie mouvementée et déchirée? Pour témoigner d'une existence aussi misérable, dramatique qu'humaine et aimante, Yves Pagès a réuni un ensemble de lettres écrites par Grisélidis elle-même entre 1954 et 1993. Divisés en 5 périodes ces courriers sont précédés d'une courte introduction situant le contexte factuel de la vie de l'auteur à ce moment. Fichée comme "courtisane" par la police genevoise, Grisélidis Réal est une mère aimante qui se débat sans cesse avec les rigides institutions sociales de Genève (surnommée Calvinograd par Henri Noverraz) mais aussi une mère fuyante qui confie ou place ses 4 enfants. Artiste en devenir, Grisélidis peint, dessine et écrit même en prison. En rupture de famille et de société, elle fréquente des milieux bohème, de marginaux mais aussi de personnalités des arts. De santé très fragile, Grisélidis Réal partage sa vie en deux :" une avec mes enfants, dans la paix, la nature, loin des villes et une plus secrète, plus dure, plus amère et mystérieuse, parcourant les nuits comme une petite comète venue d'ailleurs". Révoltée, haineuse, tenant des propos orduriers contre la société, la famille, les institutions, la religion, elle défend les parias, elle est une amante passionnée, hystérique, ses relations avec Ahmed Hassine, tunisien, prostitué homosexuel et alcoolique sont époustouflantes. Est-il imaginable qu'une biographie eut réussi à montrer une telle passion et un si violent désespoir, tant d'amour et tant de haine, autant de relations et une si grande solitude ? Ce fut bien plus judicieux de laisser la prose alerte, incisive, poétique de Grisélidis Réal nous conter les facettes brulantes de sa vie.