Albert Camus, éditorialiste à L'Express, mai 1955-février 1956
de Albert Camus

critiqué par Jules, le 7 janvier 2003
(Bruxelles - 79 ans)


La note:  étoiles
Des artticles d'une très grande actualité

Ce carnet reprend les éditoriaux écrits pas Camus dans l’
« Express » fondé par Jean-Jacques Servan-Schreiber. Il écrira dans ce journal de mai 55 à février 56.
Toute cette période est terriblement dure pour Camus, partagé entre l’amour profond pour son pays qu'est la France et celui qu'il a pour l'Algérie. Cette Algérie dont il disait qu’elle lui avait offert le plus beau cadeau :
grâce au soleil, à la lumière et à la mer il ne s'y était jamais senti vraiment pauvre.
Dans ses éditoriaux consacrés à l'horrible guerre qui y règne, on sent qu'il est déchiré. Il tente par tous moyens de rapprocher les points de vue, de limiter les points de désaccords et de trouver les intérêts qui lui semblent communs. Mais la situation sur le terrain ne lui donne pas raison. Ni les Français d’Algérie, ni les Algériens, n'envisagent de céder un pouce de leurs positions. Camus va condamner les attentats du FLN sur le territoire français, tuant des civils, alors que Sartre va les soutenir. Pour ce dernier tout groupe de
personnes luttant pour sa liberté a droit à user de tous moyens à sa disposition. Sartre, dans un de ses écrits, apostrophe Camus en disant que faire de la politique suppose que l’on sache se salir les mains et que ceux qui ne savent pas le faire « restent une belle âme » et rien d'autre.

Mais Camus voit plus loin dans le drame qui se déroule en Algérie et écrit : « Le drame algérien n’est, en effet, que le cas particulier d’un drame historique plus vaste et qui marque notre siècle plus encore que le conflit capitalisme-communisme. Il s’agit du grand mouvement qui pousse les masses orientales à la conquête de leur personnalité. »
Mais Camus aborde bien d'autres sujets dans ces éditoriaux, dont le rôle de l’artiste dans la société et l'importance de la défense de la démocratie. Il nous parle de « l'étonnante capacité d’oubli des peuples » et, toujours objectif, il écrit encore : « La société bourgeoise a refusé les devoirs de la liberté pour ne garder que ses jouissances. La société révolutionnaire a refusé alors ses droits à la liberté. Sous le prétexte d’affranchir un jour tout le monde, elle a prétendu, aux applaudissements de nos intellectuels, asservir sans délai chacun. Elle a donné ainsi à la liberté le visage engageant du verrou. »
Ces éditoriaux restent totalement d’actualité tant ils parlent de vérités fondamentales plus que d'événements particuliers et propres à une époque donnée.