Le symbolisme dans la Bible
de Paul Diel

critiqué par Saule, le 6 janvier 2003
(Bruxelles - 57 ans)


La note:  étoiles
Divinités, Mythologies et Sens de la vie
Les mythes sont une expression du surconscient humain, une explosion surconsciente de vérité, un rêve surconsciemment senti de la réalité. Ils sont la réponse de l'homme devant l'effroi qui le saisit lorsqu'il pense au mystère de ses origines, au problème métaphysique du mystère de la création, et lorsqu'il tente de répondre à la question fondamentale qui se pose à lui depuis qu'il a quitté le stade évolutif de l'animal pour devenir un être conscient (en réalité mi-conscient): D'où viens-je, où vais-je ? En d'autres mots, les mythes sont capables, par l'émotion qu'ils suscitent en nous et par une compréhension de leur vraie signification, de nous éclairer sur le sens de la vie.

De tout temps l'homme s'est vu confronté au mystère de l'intentionnalité immanente de l'univers. Les hommes des peuplades pré-mythiques y ont répondu en projetant leurs propres intentionnalités dans la nature et dans les animaux, ou encore dans une croyance en l'esprit des ancêtres. Viennent ensuite les mythologies grecques et enfin la mythologie judéo-chrétienne qui en est une évolution. Mais fondamentalement la signification reste la même: ce que les mythes de toute les époques expriment c'est le fait essentiel de la vie, c'est-à-dire le conflit permanent entre nos motivations justes et fausses. En accédant à la conscience, l'homme a la capacité de valoriser faussement les désirs qui l'assaillent, à laisser son imagination exalter les désirs (désirs matériels, sexuels et pseudo-spirituel), ce qui conduit au déséquilibre psychique pouvant aller jusqu'à la mort (non pas réelle mais de l'âme). Ici la symbolique des mythes rejoint la théorie principale de Paul Diel, telle que développée dans son livre de référence "Psychologie de la Motivation".

La symbolique universelle commune à tout les mythes est mise en évidence à travers le mythe de Persée: le héros qui vainc la Méduse (symbole de la vanité) grâce a un bouclier prêté par Athéna (symbole de la sagesse). Ce mythe a la même signification que celui de Jésus Divinisé, c’est le message d'espoir (la bonne nouvelle) que l’homme, en utilisant le regard introspectif, peut assumer la prise de connaissance des intentions subconsciemment cachées qui sont la cause de la mort de l'âme; il s'ensuit la résurrection symbolique. C'est toujours la thèse principale de P. Diel: le regard introspectif de l'homme sur sa propre délibération intime seul permet de dissiper l'obscurité, de rendre consciente la fausse motivation, de la traquer jusque dans son repaire subconscient. Mythiquement parlant, c'est la lumière qui luit dans les ténèbres (prologue de Jean).

Les mythes de toutes les époques n'expriment rien d'autre que ce conflit permanent entre nos motivations justes et fausses. Je cite; "Le symbolisme le plus constant, le fondement même de la vision commune à tous les mythes, est la lutte entre divinités d'une part, démons et monstres d'autre part, exprimant le conflit entre les motivations justes et fausses, conflit qui n'exprime rien d'autre que la délibération humaine. [...] Le langage mythique aurait donc un vocabulaire extrêmement précis et même une grammaire commune à toute les mythologies, du fait qu'elles sont fondées sur les lois qui régissent la valeur sensée ou la valeur insensée de la délibération intime".

Dans la seconde partie du livre, l'auteur procède à l'analyse symbolique de trois parties essentielles de la bible, à savoir la Genèse (mythe de la création de l'univers et mythe du pêché originel, dont il donne une interprétation passionnante), le prologue de l'évangile de Saint Jean (mythe de la rédemption, voir l'ouvrage le Symbolisme dans l'évangile de Jean) et les épîtres de Paul (mythe de la résurrection et une discussion enrichissante sur croyance et foi). Ce n'est pas le lieu ici de discuter ou comparer une lecture symbolique et dogmatique. Disons juste que l'apport de cette analyse est énorme, en jetant un éclairage nouveau sur ces textes Paul Diel leur rend une dimension insoupçonnée par la plupart des lectures traditionnelles. Il est d'ailleurs très enrichissant de relire les textes à la lumière de cet apport, on peut parler d'une redécouverte des textes.

Précisons que Paul Diel n'est pas 'croyant' (dans le sens traditionnel en tout cas) : il rejette catégoriquement l'idée de Dieu en tant que personne réelle. Bien plus l'interprétation dogmatique des textes est selon lui coupable de tuer l'esprit de la lettre, de cacher le sens profond voulu par les évangélistes ('La lettre tue, seul l'esprit vivifie" nous dis l'apôtre Paul).

Il fustige la croyance magique et superstitieuse en un Dieu réel. Ainsi la citation suivante, p. 19: "La religiosité s'intensifie à mesure que l'homme se détache, jusque dans l'enracinement magique, de l'idée d'une providence, et commence à entrevoir, à sentir, à savoir que personne ne s'occupe de lui et surtout pas Dieu. Dieu est l'image du mystère et l'homme n'est responsable que de ses propres intentions sensées ou insensées [...] Le fondement [de la religiosité] est le sentiment éthique: la certitude de l'auto-responsabilité. L'homme est sa propre providence: de lui seul dépendent son sort essentiel, sa joie ou son angoisse de vivre,..".

J'aime beaucoup cette citation qui a le mérite d'éveiller en nous le sentiment fort que l'on ressent lorsqu'on réalise notre profonde solitude face à notre destin (Il nous faut bien accepter le fait que fondamentalement nous vivons et nous mourrons seul, et cette acceptation, effrayante à première vue, devient en fait source d'apaisement). Mais à cette croyance magique P. Diel oppose la foi active, celle qui selon lui est prônée par l'apôtre Paul, celle qui rend grâce a Dieu (Dieu comme symbole on l'aura compris !), c'est-à-dire qui "rend à Dieu la grâce imméritée d'être appelé à la vie".

On l'aura compris cet ouvrage est absolument essentiel et passionnant.
Révélation 10 étoiles

Quand j'étais collégien puis lycéen, j'admirais mes professeurs de Français pour leur compréhension, leurs explications des textes.
A cette époque, j'allais, aussi, au catéchisme et j'assistais à la messe dominicale et là, il m'était demandé de, simplement, croire.
Paul Diel, comme pour la mythologie grecque, appose sa grille de lecture, développée dans son livre "Psychologie de la motivation", sur quelques textes de la Bible: la genèse, le prologue de l'évangile selon St Jean, les épitres de St Paul.
Et, j'ai retrouvé grâce à ce livre mon émerveillement lycéen.
Une révélation.
La vie de Jésus, et les Evangiles, perdent tout leur merveilleux.
Quand j'ai appris à mon fils que le Père Noël n'existait pas, il a eu cette interrogation 'Est ce qu'à Noël, j'aurais toujours des cadeaux? Curieusement, débarrassé du merveilleux, le message biblique se révèle bien plus fort.

Pedro - - 65 ans - 3 mai 2004


Amour de la vérité, joie de la connaissance 9 étoiles

C'est l'oeuvre d'une vie que nous livre Paul Diel dans cet ouvrage. L'auteur nous propose de donner une autre conception du sens de la vie, à partir de nouvelles théories psychologiques appliquées au texte traditionnel de la bible. Il ne s'agit donc pas d'une nouvelle traduction, mais d'une nouvelle compréhension. Elle est basée sur une lecture scientifique du symbolisme dans les textes bibliques.
Disons-le d'emblée, la lecture de ce livre monumental n'est pas facile. La structure même du texte est très répétitive et par tant, quelque peu fastidieuse. C'est sans doute dû aux origines autrichiennes de Paul Diel. On aurait préféré un peu plus de rationalité mais rien n'est simple. D'ailleurs l'auteur le reconnaît :"La difficulté de saisir la vérité psychologique des symboles est due, selon lui, aux imprécisions des termes de la psychologie". Aussi l'auteur s'emploie à définir ces termes et à expliquer les concepts propres au jargon psychologique. Si bien que, avec un peu de persévérance, les lecteurs non initiés (dont je suis) finissent par tout comprendre. (Espérons !).
Paul Diel nous dit : Toute culture commence par la mythologique ; elle est l'expression des motivations bonnes ou mauvaises de l'humanité. L'étude psychologique du subconscient créateur de mythes amène à l'étude de la pensée symbolique.
Par exemple, à propos de la création, on pourrait dire en résumé :
- Le mythe c'est "comme si". (comme si une super créature, Zeus, par exemple, avait créé)
- Le dogme (biblique) c'est : Dieu créateur.
- Le symbole c'est : Mystère des origines.
Le mystère des origines n'existe que dans l'esprit humain limité dans sa compréhension, et nulle part ailleurs. Dieu-Créateur n'existe pas. Seul existe : l'éternelle (et mystérieuse) loi de l'harmonie. Le dogme veut personnifier le mystère en l'appelant Dieu et le déclare ensuite, bon, juste, créateur, juge, etc… Mais seul le mystère immanent à l'existence existe. L'erreur de la religion, selon Paul Diel, est de prendre l'image symbolique pour une réalité.
A cela les Catholiques diront : la religion nomme l'inexplicable sans pour autant vouloir l'expliquer. D'ailleurs les mystiques de tous bords ont toujours compris que les explications de l'existence ou la non-existence de Dieu sont pures spéculations métaphysiques.
Mais ne polémiquons pas !
Pour Paul Diel, les dogmes empêchent tous les efforts d'approfondissement qui permettraient de sortir du théisme et du matérialisme. Par contre la vérité psychologique des mythes permet de découvrir le symbole caché dans le "comme si".
Prenons un exemple : l'incarnation. "Et le verbe s'est fait chair" c'est "comme si" l'intention de Dieu s'était incarnée. Pour le chrétien, Jésus est Homme-Dieu, "Fils de Dieu". Pour Paul Diel, Jésus, "Fils de l'homme", devient symboliquement Fils de Dieu, c'est-à-dire le symbole de l'incarnation dans l'esprit de l'homme de "l'éternelle loi de l'harmonie" que l'homme doit imposer à l'évolution universelle.
L'étude des symboles conduit l'esprit à l'examen des mystères inexplicables. La vérité est de nature spirituelle. L'homme a été créé matière et esprit.
Ici Paul Diel fait un constat passionnant : la philosophie matérialiste d'aujourd'hui est la cause, selon lui, de la décadence actuelle de nos civilisations. Le matérialisme actuel, en niant la spiritualité de l'homme, et en proclamant la matière auto-créatrice, a déclaré le subconscient inaccessible. La recherche est devenue matérialiste. Elle se limite alors à l'introspection de la pensée pour arriver à une disculpation vaniteuse (vide de sens) de soi-même. "Vanité, tout est vanité", dit l'Ecclésiaste. La Matière absolue prise pour certitude tend à tout expliquer sans recours à l'aspect mystérieux des valeurs immanentes. L'inexplicable n'existe pas ! La philosophie matérialiste provoque la sur-valorisation des désirs matériels et le déchaînement cynique de l'époque actuelle. Les sciences de la vie renient le secours à l'aspect mystérieux des valeurs de l'esprit :
- La psychologie étudie le comportement, sans considérer les intentions spirituelles intimes des consciences.
- La physiologie n'étudie que la matière cerveau.
- La psychiatrie étudie les maladies de l'esprit comme des réalités chimiques.
- La sociologie ne voit dans l'individu qu'une pièce irresponsable déterminée par son milieu social.
Ces croyances prises pour certitudes conduisent le psychologue à se prendre pour juge suprême de la vie et de son sens ; et les valeurs éthiques ne sont que conventions sociales. Cette vanité donne naissance à tous les sentiments pervers qui dressent l'homme contre l'homme et deviennent psychopathies, matière première du psychiatre. Toutes ces sciences de la vie ignorent la valeur essentielle de l'individu : sa conscience.
On ne peut pas mieux dire !
Or, toujours d'après Paul Diel, on ne peut comprendre les mythologies sans introspection saine et lucide de nos propres vérités. Et, symboliquement, la mort de l'âme, c'est le refoulement définitif, de la conscience, du sentiment de culpabilité et du sens de la justice. C'est psychologiquement parlant, la mort de l'élan animant dont le symbole mythique est la mort de l'âme durant la vie, que Paul Diel oppose au symbole métaphysique, superstitieux, de la vie éternelle de l'âme. Les hommes à âme morte peuplent la terre et font de la vie sur terre un "enfer". Le salut de l'âme est, sur terre, la victoire de l'homme sur la vanité.
L'Eglise autrefois, beaucoup trop conservatrice, s'était opposée aux progrès de la physique : procès de Galilée. Aux découvertes de la biologie : l'évolution des espèces. A l'avènement des démocraties laïques. Aux philosophies des Lumières. Aux évolutions sociales : Rérum Novarum est arrivé un demi-siècle après Le Capital. Aujourd'hui elle doit prendre au sérieux cet apport de la psychologie à une nouvelle compréhension des textes bibliques.
A tout point de vue, comme Saule l'a très bien dit au terme de son étude magistrale, pardon ! de sa critique, : on l'aura compris, cet ouvrage est absolument essentiel et passionnant.

Saint Jean-Baptiste - Ottignies - 86 ans - 10 mars 2004