Campo Santo
de Winfried Georg Sebald

critiqué par Donatien, le 27 novembre 2012
(vilvorde - 79 ans)


La note:  étoiles
Refuser le silence.
J’apprécie particulièrement l’univers de W.G. Sebald qui est un mélange subtil d’observations, de mélancolie, d’essais, de lectures des paysages, d’utilisation d’illustrations qui brouille la perception des lieux et êtres humains évoqués.

Campo Santo est composé de petites proses relatant ses impressions de voyage en Corse, soit à Ajaccio (musée Fesch) et Piana (son cimetière et les rituels funéraires corses).
Il y constate la disparition progressive des grandes forêts aux sapins de 1OO mètres de haut ainsi que du gibier.

Mais la partie centrale et principale du livre est une suite de quatorze essais aussi variés qu’intéressants à propos d’écrivains comme Peter Handke, Jean Améry, Kafka, Nabokov ou Bruce Chatwin.
Parmi ces essais, le sujet qui lui tient le plus à coeur est le manque de courage des écrivains allemands d’après guerre qui ont presque tous évité de traiter littérairement du sentiment de culpabilité légitime après la période nazie et ses conséquences acceptée par tout un peuple.
A propos de l’oeuvre de Jean Améry, « des écrivains qui s’efforçaient de combler l’énorme déficit moral qui avait caractérisé la production intellectuelle jusqu’aux alentours de 1960.»

Pourquoi ce mutisme de la part des victimes ainsi que des coupables?
«Comment un pays qui à la fin du XIXème siècle avait donné naissance au mouvement socialiste le plus fort et le mieux organisé a pu se jeter vingt à trente années plus tard dans les bras du fascisme?».

Un écrivain aurait posé le problème dans son roman» Voyage nocturne», soit Wolfgang Hildesheimer. C’est le monologue d’un homme qui essaie de vivre en Allemagne après la guerre, où les assassins jouissant de la prescription mènent une existence paisible!!
Il débusque le sentiment de complicité active et passive qui se dissimule dans le pays tout entier.
Ce qu’il définit comme : «UN ETAT DE LEGITIMITE IMPIE».

Sebald écrit : «se réveille en lui la peur du silence des nuits dans lequel oeuvrent des êtres qui eux ne connaissent pas la peur».
Il ajoute quelques considérations sur la mélancolie ou «la conscience de l’impossibilité d’être sauvé» (Hamlet), mais aussi sur le pouvoir mystérieux de la musique «geste de défense contre la paranoïa»?

Il pose aussi la question suivante à propos de la conduite de la guerre par les Alliés :»
Pourquoi la destruction des villes allemandes à la fin de la seconde Guerre Mondiale n’a-t-elle pas été mise en question , ni à l’époque, ni plus tard» L’on sait que quelques généraux ont remis cette tactique de «tapis de bombes» , en cause.
Il développera cette recherche dans son livre «De la Destruction comme élément de l’histoire naturelle», analysé sur CL par Sakthi.

A savourer.