Joseph Boyden est un écrivain canadien aux origines métissées: irlandaises, écossaises et autochtones.
Ce troisième ouvrage, un deuxième roman, Through Black Spruce (titre original), lui a mérité le Scotiabank Giller Prize en 2008, la plus haute récompense littéraire anglophone accordée au Canada.
Ce roman est une suite évidente à son premier roman Three Day Road; au tout début, Will Bird, ancien pilote de brousse, médite sur un rêve récurrent des trente dernières années où il tente en vain d’escalader le mur du pensionnat de Moosonee en Ontario à la façon d’Ahepik, l’homme-araignée Cree, afin de sauver les enfants littéralement arrachés à leurs parents et emprisonnés dans cet endroit maudit.
Les répercussions de ces traitements inhumains infligés aux habitants des Premières Nations sont omniprésentes tout au long de ce roman.
Aucune allusion directe à la psychose permanente suite aux sévices physiques et sexuels subis, simplement la conflagration en résultant, le contre-coup…
La disparition des moyens traditionnels de survie de ces peuples autochtones est un thème cher à l’auteur.
Comme le décrit Annie, la nièce de Will, l’autre voix de ce récit: «Les Crees de cette région sommes passés de la vie de nomades à chasser, trapper et à échanger les fourrures pour notre survie, à vivre dans des maisons construites de bardeau et à pousser des carosses d’épicerie grinçants le long d’allées remplies d’articles trop chers et de malbouffe. Nous sommes, selon selon l’état d’esprit colonial, devenus civilisés!»
Au-delà d’un tel déclin insidueux, la communauté de Moosonee est affligée d’un grave problème de drogues illicites.
Les Netmakers, une famille locale, distribuent de la cocaïne et du crack avec l’aide d’un réseau de motards criminalisés.
Au début du roman, nous apprenons que Suzanne, la soeur cadette d’Annie s’est enfuie en compagnie de Gus, le plus jeune membre du clan Netmaker; la jeune femme ayant réussi à s’implanter comme mannequin-vedette à New York, a depuis disparu.
La quête d’Annie afin de retrouver sa soeur nous tient en haleine tout au long du récit…, alors que l’oncle est aux prises avec le grand sorcier des remords.
Joseph Boyden est un raconteur de grand talent, un homme de peu de mots, qui sait dès les premières phrases nous entraîner dans son univers, sans aucune résistance, d’où nous ressortons ébahis, émus, épatés, pas tout à fait indemnes…
N.B. Lu en version originale canadienne-anglaise
FranBlan - Montréal, Québec - 82 ans - 4 janvier 2014 |