Feux d'artifice à Zanzibar
de Pierre Benoit

critiqué par Shelton, le 27 juillet 2012
(Chalon-sur-Saône - 66 ans)


La note:  étoiles
Un roman sur la vengeance...
Est-il encore possible de lire un roman de Pierre Benoît ? La question n’est pas simplement théorique comme elle pourrait être posée à propos des romans de Balzac ou de Flaubert, mais elle aussi une interrogation factuelle : comment se fait-il que l’un des romanciers les plus lus de son vivant ne soit quasiment plus fréquenté quelques années après sa mort ? Imaginez un peu… Il meurt en 1962 et il a vu, de son vivant, en 1953, la collection Le livre de poche choisir son Kœnigsmark pour inaugurer son concept… Des dizaines de romans de Pierre Benoît trouveront ainsi des lecteurs dans les générations qui ne l’auront pas connu de son vivant, et j’en fais partie car c’est bien en livre de poche que j’ai lu mes premiers romans de cet auteur…

On a souvent dit que le romancier allait perdre de sa qualité après la guerre qui lui avait enlevé ses dernières illusions sur l’humanité. Certes, son accusation de collaboration, injustifiée et corrigée par la suite, laisse de grosses séquelles. Mais je crois que ce n’est pas le plus grave pour lui. Le pire est à venir avec la maladie gravissime qui touche la femme de sa vie, Marcelle. Or, en 1954, quand il écrit Feux d’artifice à Zanzibar, elle est déjà très malade et c’est dans ces phases d’écriture qu’il s’isole et tente, non pas d’oublier la maladie de celle qu’il aime, mais de redonner un sens à sa vie…

Pour moi, ce roman est important car il commence dans ma Lorraine, on y parle de Toul – où j’ai vécu quelques années – et de Manoncourt-en-Woëvre que je connais bien… Quand on entend Zanzibar dans le titre ce n’est pas évident, mais c’est comme cela chez Pierre Benoît, tout ne se passe pas dans le Quercy !

Pour ce qui est de l’intrigue, reconnaissons qu’elle est assez complexe et qu’elle ne peut pas être résumée en quelques lignes. Plusieurs thèmes sont abordés, certains de façon très forte. Il y a l’amitié, l’amour, la vengeance pour n’en citer que trois qui ont leur place. Il y a aussi un thème plus général que l’on retrouve parfois chez Pierre Benoît, celui des origines. Azraële va découvrir au fil des pages qui elle est, qui est son père, qui est son frère, quel est son destin… Tiens, j’allais presque oublier de signaler que le prénom de notre héroïne commence bien par un A comme dans tous les romans de Pierre Benoît, à une exception près…

La vengeance est un plat qui se mange froid, dit-on et nous allons en avoir la preuve dans ce roman. Là, pour le coup, c’est bien à Zanzibar que les choses prendront forme mais on constatera les acteurs d’une telle machination – pas d’autres mots pour définir ce qui va se passer – peuvent avoir des motivations fort différentes tout en tentant d’agir ensemble…

Puis, tout finira à zanzibar lors de grandes fêtes majestueuses, mais je ne vais pas vous en dire plus… Un très bon roman, toujours parfaitement écrit et maitrisé, avec peut-être, un peu trop d’artifices de romancier pour être crédibles à cent pour cent. Mais, en même temps, l’auteur nous prévient bien puisqu’il s’agit de Feux d’artifice à Zanzibar !