Miraculeuse Maryllis
de Frédéric Chanel

critiqué par Eric B., le 10 juin 2012
(Bruxelles - 55 ans)


La note:  étoiles
Pur joyau
J’ai découvert ce petit livre singulier grâce à la recension qui en est faite ce mois-ci dans le « Le carnet et les instants », remarquable publication émanant de la section « Promotion des lettres » de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Singulier, ce livre l’est à plus d’un titre : première publication posthume d’un auteur récemment décédé, d’après l’éditeur, auteur dont, de surcroît, le lecteur ne saura quasiment rien, si ce n’est qu’il aurait laissé à l’état de manuscrits difficilement déchiffrables quatres courts récits relevant peu ou prou du genre érotique, et qu’il projetait de réunir sous le titre « De chair et d’os ». Aujourd’hui publié – espérons que les autres suivront rapidement -, "Miraculeuse Maryllis" constitue un magnifique hommage à deux prostituées, écrit dans une langue absolument somptueuse. Ce qui rassemble ces deux « filles de joies », très dissemblables par l’âge, le physique et les origines, c’est leur disparition, l’une semblant fuir le narrateur qui souhaiterait la voir en dehors de son salon, l’autre suite à la fermeture, sur ordre des autorités communales, d’un quartier chaud qu’il n’est guère difficile d’identifier comme étant celui de Liège. On imagine (mais on en est réduit aux conjectures, faute de connaître mieux l’auteur) qu’il y a beaucoup d’autobiographique dans ce court récit, qui constitue aussi en creux le portrait d’un client pour qui ces femmes, manifestement, ne se réduisent pas à leurs attraits charnels, loin s’en faut. Jamais vulgaire même si parfois cru, écrit dans une langue ciselée, ce récit se lit d'une traite et je l'ai même aussitôt relu, tant il est difficile de s’en déprendre. Sans doute l’audience de ce livre restera-t-elle confidentielle, mais je pense qu’il comptera pour ceux qui auront eu le bonheur de l’avoir entre leurs mains.