Les cités obscures : L'archiviste
de Benoît Peeters (Scénario), François Schuiten (Dessin)

critiqué par Blue Boy, le 26 mai 2012
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
L’histoire d’un homme ayant rejoint le côté « obscur » (ce n'est pas si grave, Maître Yoda)
Isidore Louis, chargé de recherches à l’Institut central des Archives depuis 37 ans (« Sous-section des mythes et légendes » !), était loin de se douter qu’un jour il serait renvoyé, lui, l’employé terne et appliqué, tout juste capable de marmonner de temps en temps son ras-le-bol d’être déconsidéré par ses collègues et sa hiérarchie. C’est une mission très particulière qui provoquera sa perte : établir un rapport sur les « Cités obscures », des mondes parallèles faisant l’objet d’une vénération croissante de la part d’un groupe d’exaltés. Au départ plutôt détaché, M. Louis, à force d’éplucher quantité de pièces et documents, va finir pas se passionner pour le sujet… ce qui ne va pas plaire du tout à sa hiérarchie…

Autant le dire, j’avais déjà remarqué ce tome paru en 1987 mais je n’avais jamais pris la peine de le lire, pas franchement attiré par le format, composé d’un court texte rehaussé d’une vignette en noir et blanc sur la page de gauche et illustré par un dessin pleine page et en couleur à droite. Et pourtant, on sait que les auteurs ne s’interdisent aucune option et aiment explorer toutes les techniques, quitte à s’éloigner parfois de la BD traditionnelle dite en cases. Je dois reconnaître qu’en fin de compte, cela fonctionne plutôt bien, en tous cas mieux que pour « La Route d’Armilia », qui était conçu davantage comme un journal de bord. De la même façon, ce récit est un peu une présentation de plusieurs Cités obscures, une invitation à passer de l’autre côté du miroir, vers un monde similaire à ce qu’était le nôtre au XIXème siècle-début du XXème, mais techniquement plus évolué (architectures Art nouveau et Art déco futuristes, références à Jules Verne…)

Les dessins sont impressionnants, avec des architectures imposantes, délirantes, effrayantes, splendides selon les pages… On rêve de se perdre dans les serres luxuriantes de Calvani, de survoler l’élégante cité de Xhystos en compagnie de ces majestueux oiseaux blancs, de franchir en dirigeable l’immense porte de Chula Vista… Pas de doute, le dada de Schuiten, c’est l’architecture… Quant à Isidore Louis, un des rares personnages « terriens » de la série, il ressemble à la plupart de ceux rencontrés dans ces univers imaginaires (ou pas ?) : manipulé et impuissant face à une administration froide et autoritaire, un point commun qui ne fait donc pas de ces Cités obscures un monde idéal, bien que mieux organisé que le nôtre. Tout cela fait de cet ouvrage un point d’accès pertinent vers ces univers fantastiques, à condition de savoir en revenir… Mais après tout, où est la vérité, où est la folie ? Notre monde n’est-il pas bien plus étrange, si familier soit-il ? A bien y réfléchir, sommes-nous bien certains que notre Terre n’est pas que le simple miroir d’une planète bien réelle à l’autre bout de la galaxie ?