Zarbie les Yeux Verts
de Joyce Carol Oates

critiqué par Saint-Germain-des-Prés, le 22 mai 2012
(Liernu - 56 ans)


La note:  étoiles
Manipulation et autres violences…
Combien de récits n’avons-nous pas déjà lus qui traitent de conflits familiaux ? Ceci n’est pas un énième roman où les parents se déchirent sous les yeux des enfants : Joyce Carol Oates réussit à transformer un sujet rabâché en un drame qui se découvre petit à petit. Car au départ, nous avons juste une adolescente de quatorze ans à la perception aiguisée qui remarque que quelque chose ne tourne pas rond entre son père, célébrissime ex-footballeur et sa mère. Sa mère qui, devine Francesca, cache sous des foulards savamment noués et des chemisiers aux manches longues et boutonnées les traces qu’ont laissées les coups du père… Le père, autoritaire, qui ne supporte pas qu’on lui résiste, qui réagit violemment lorsqu’un membre de la famille ne lui fait pas allégeance, à l’instar de ses fans… Père pour qui le comble de l’humiliation serait que le monde extérieur ne voie plus sa famille comme le modèle envié de tous…

Or, voilà que Krista, pour la première fois depuis qu’elle est mariée à Reid, présente des vélléités d’indépendance, voilà qu’elle voudrait exister par elle-même, ou exister tout court d’ailleurs, être vue comme un individu à part entière et pas comme « la femme de » ! Voilà qu’elle ne seconde plus son mari dans les galas de bienfaisance, voilà qu’elle se met à faire de l’art, de la vulgaire poterie ou de la peinture dont il ne supporte pas l’odeur ! Et qu’elle se réfugie, deux jours par semaine, dans un minuscule bungalow dont elle a hérité et qu’elle a remis en état.

Là où intervient le « Joyce Carol Oates touch », c’est dans la description fine et subtile des protagonistes. Reid, comme on s’en doute, fulmine. Mais, se rendant compte qu’il ne pourrait pas convaincre sa femme de renoncer à sa bulle, il préfère manipuler les uns et les autres pour qu’ils pensent que, dans une grande bonté d’âme, il a toléré les escapades de sa femme. Reid le généreux, le compréhensif, le délaissé ; Krista, l’égoïste capricieuse… Leur fils aîné, Todd, est en fait un enfant d’un premier mariage de Reid avec une jeune femme décédée dans un accident lorsqu’il était tout petit. Il a toujours considéré Krista comme sa mère, jusqu’à récemment. Dans chaque dispute, il prendra le parti de son père. La cadette, est celle qui manifeste le plus ouvertement sa souffrance : à dix ans, elle peut encore se permettre de pleurer… Quant à Francesca, ou Franky comme elle préfère qu’on l’appelle, elle souffre tellement qu’elle fuit dans la colère à l’égard de sa mère. « Je commençais à lui en vouloir de se comporter si bizarrement. Je crois que je lui en voulais de m’inquiéter pour elle. Une mère est censée s’inquiéter pour vous, et pas le contraire ! » ; « (…) Franky, qui aurait voulu effacer les petites rides au coin des yeux et de la bouche de sa mère, ces petites rides qui semblaient avoir été gravées par de minuscules lames de couteau » ; « Je crois que c’est parce que j’avais terriblement peur. C’était plus facile de la détester. »

Certes, ce n’est pas le plus grand roman d’Oates. Néanmoins, il est abouti, nuancé et percutant. L’intensité dramatique joue son rôle et maintient l’intérêt du lecteur de la première à la dernière ligne… Merci, madame Oates, c’est toujours un plaisir de vous lire…
livre très boulversant 9 étoiles

J'ai bien aimé ce livre. Je me suis rapidement mise dans le peau de Franky car j'ai 15 ans. J'ai moi même eu des problèmes avec mon père et, j'avais l'impression que ce livre me disait "tu vois, ça arrive aussi aux autres".

Durant tout le livre, je ne regardais pas Franky évoluer, j'étais Franky. Certes, je n'ai pas vraiment vécu la même chose qu'elle mais, je ressentais la même chose qu'elle.

Parfois, je sentais les larmes piquer mes yeux tellement j'étais plongée dans le livre.

Je le conseille fortement.

Kata001 - - 24 ans - 25 mai 2015