Aréthuse
de Pierre Benoit

critiqué par PPG, le 12 mai 2012
(Strasbourg - 46 ans)


La note:  étoiles
Nous aurions bien aimé...
Nous aurions bien aimé savoir vers quelle destinée la prometteuse aventure d'Aréthuse et de Charles aurait pu tendre, celle de ce couple tombé en amour fou sur un paquebot lors d'une escale à l'île d'Ortygie. Elle, c'est la fille de la comtesse italienne de Venasco et du commodore anglais Burke ; lui, c'est un commandant français des services d’occupation en Syrie. Ils voguent maintenant vers le Liban, à la recherche d'on ne sait quelle chimère. Si Charles Richert suit sa belle, prêt à tout quitter pour elle, Aréthuse, appartenant à la Mafia, semble poussée par une mystérieuse mission qui semble ne pas être sans lien avec la mort de ses parents. La vengeance semble ici le moteur de l'action. Curieusement d'ailleurs, certaines personnes meurent assassinées alors qu'Aréthuse ne se trouve guère loin. Hasard ? Préméditation ? Complicité ? Quels liens sont à tisser de tout cela ?

L'intrigue est bien lancée, les personnages bien campés, mais nous ne connaîtrons malheureusement jamais la fin de ce roman, Pierre Benoît étant décédé en mars 1962, au début du sixième chapitre.
Publié en mai 1963, "Aréthuse" est le deuxième roman rédigé par l'auteur après le décès de sa femme Marcelle (dont la lente agonie sera racontée dans "Les amours mortes", qui constitue ainsi son dernier roman achevé et publié de son vivant). Quand on sait tout l'amour qu'a porté Pierre Benoît à sa femme et dans quel abîme l'a plongé son décès prématuré à l'âge de 51 ans, après seulement 13 années de mariage, le caractère autobiographique, qui apparaît toujours sous d'autres traits dans ses oeuvres, nous émeut d'autant plus lorsque les deux amoureux ne cessent d'évoquer dans ce début de roman leurs regrets de pas s'être rencontrés plus tôt.

Ce n'est donc pas courant de rédiger une critique sur un livre posthume, encore moins s'il est inachevé. Que dire ? Soyons d'un optimiste délibérément subjectif et partisan : ce roman allait être l'un des tous meilleurs ! Mettons-lui donc cinq étoiles en hommage à l'auteur, dont la vie aura été comme ses oeuvres : romanesque ; mais aussi, en récompense pour la qualité de sa très prolifique production littéraire (46 pour les seuls romans) qui nous enchante encore en 2012, 50 ans tout juste après sa disparition. Bravo l'artiste !