La bonne mort
de Charles Maurras

critiqué par CC.RIDER, le 3 février 2012
( - 64 ans)


La note:  étoiles
Aller droit au paradis
Le jeune Octave va bientôt avoir 14 ans. Il est interne chez les Pères des Saints Coeurs de Jésus et de Marie et se prépare à recevoir la première communion. Attiré par la perfection, il se reproche sa tiédeur et surtout les désirs charnels qui viennent troubler ses nuits au dortoir. Son confesseur lui explique que s'il se munit d'un scapulaire, (« pièce d'étoffe passée sur les épaules, descendant sur le dos et sur la poitrine, au port duquel sont attachés des privilèges spirituels » dixit le Larousse), il pourra efficacement résister à la tentation. Mieux, s'il le garde en permanence contre sa peau et s'il se présente ainsi le jour de sa mort, il ira tout droit au paradis. Mais comme Octave est un être épris d'idéal et une sorte d'extrémiste du désespoir, il va pousser cette démarche jusqu'à sa limite, c'est à dire l'absurde.
Cette nouvelle ou ce conte assez court (une quarantaine de pages) fit partie d'un recueil intitulé « Le chemin du Paradis » publié en 1895, puis retiré neuf fois de suite par l'auteur lui-même en raison de l'incompréhension de ses contemporains. Cette crainte levée à notre époque où l'emprise catholique est nettement atténuée, il est possible de rééditer ce texte ambigu et assez beau, faisant partie des écrits de jeunesse de l'auteur. Il pose le problème de la foi, de la tiédeur voire du doute, des moyens de la rédemption, de la tentation du suicide chez les êtres jeunes et fragiles et surtout celui du sens de la vie en général. Le lecteur sentira combien Maurras a mis de lui-même dans le personnage d'Octave et touchera du doigt le paradoxe des dualités haine-amour, souffrance-jouissance, vie-mort, construction-destruction et foi-doute. La longue préface (30 pages) de B.Cyrulnik est intéressante. Dommage que l'auteur se soit laissé aller à des extrapolations qui n'ont pas grand chose à voir avec le texte. La présentation de Nicole Maurras montre à quel point cette histoire tenait à coeur au félibrige de Martigues. Un seul reproche à cette édition illustrée par quelques jolies gravures de Paul Devaux : un trop grand nombre de coquilles au détour des pages.