Cette oeuvre écrite en 1932 sur les ouvriers des plantations amorce en Amérique du Sud une conscientisation de l'exploitation de la main-d'oeuvre comme Zola l'avait fait en France avec Germinal. L'engagement social d'Amado lui a fait perdre d'ailleurs le Prix Nobel. Les hommes de gauche en Amérique du Sud sont très mal vus du fait que les États ne contrôlent pas l'économie. On y pratique un capitalisme sauvage qui entraîne l'assassinat des opposants et même de ceux qui tentent d'éveiller les consciences comme Mgr Romero, archevêque de San Salvador, qui fut tué en pleine messe dans sa cathédrale.
Jorge Amado ne se contente pas d'exposer les problèmes des ouvriers. Il propose toujours des solutions, car ce n'est pas un rêveur. Avec cette oeuvre, il indiquait déjà la voie de la syndicalisation comme solution à l'exploitation humaine. Au Québec, Marie-Paule Villeneuve a suivi les traces du grand maître en racontant dans L'Enfant cigarier l'exploitation des enfants dans les usines. Elle s'est inspirée d'un vrai modèle, soit un enfant de neuf ans de Sherbrooke, qui, devenu adulte, fut l'instigateur de la syndicalisation au Québec.
Cacao est une oeuvre plutôt bâclée, mais elle témoigne avec éloquence et efficacité d'une situation qui n'est pas prête de disparaître avec la mondialisation. Les hauts standards de vie des Occidentaux reposent sur l'exploitation de la population des pays pauvres ou sur le paupérisme créé par la technologie qui remplace une main-d'oeuvre déjà bon marché. C'est la perspective dans laquelle se situe cette oeuvre de l'un des meilleurs écrivains brésiliens avec Moacyr Scliar.
Libris québécis - Montréal - 83 ans - 24 décembre 2003 |