L'assassinat du Pont-Rouge
de Charles Barbara

critiqué par Pucksimberg, le 26 décembre 2011
(Toulon - 44 ans)


La note:  étoiles
Roman considéré comme le premier roman policier français !
Charles Barbara est méconnu, pourtant il a traversé le dix-neuvième siècle qui a couronné les grands auteurs que nous connaissons. Il était l'ami de Baudelaire et du photographe Nadar, a fréquenté les peintres réalistes Courbet et Daumier. Il a rédigé de nombreuses nouvelles très étranges qui ne sont pas sans rappeler Poe et Nerval. Perdant son épouse et sa fille qui ont succombé à la typhoïde, lui va perdre sa raison, être interné et se défenestrer ! Sa vie serait un magnifique sujet de roman. Désormais, il semblerait que les éditeurs nous invitent à découvrir cet auteur ( "redécouvrir" ne serait pas adapté vu qu'on ne le connaît pas !), son roman "L'Assassinat du Pont-Rouge" vient d'être réédité en édition scolaire invitant ainsi les professeurs à l'étudier en classe. Ecrivain à surveiller donc qui pourrait devenir un classique car c'est avec le temps et beaucoup de recul que l'on peut décréter qui seront les plus grands auteurs du 19ème et du 20ème siècle ... Charles Barbara, à mon avis, fera partie des Grands !

Même si ce roman est considéré aujourd'hui par la critique comme le premier polar français, on peut tout à fait le lire sans penser à ce genre. C'est ce que j'ai fait ! En lisant cette oeuvre, je n'ai cessé de penser au "Portrait de Dorian Gray" de Wilde, c'est dire la richesse de ce roman.

Le roman s'ouvre sur une série de portraits qui ont eu tendance à m'ennuyer, mais qui en réalité avait une utilité évidente dans la suite du roman. Max Destroy et Rodolphe sont deux amis qui mènent une vie de bohème et se passionnent pour les arts. Max est surtout intrigué par sa voisine, Henriette Thillard, une veuve. Son mari a disparu tragiquement et a laissé son épouse et sa belle-mère dans la pauvreté alors qu'elles étaient riches du vivant de cet agent de change. Le bruit court qu'il s'est suicidé.

Un beau jour, Max rencontre Clément, mystérieux jeune homme duquel il est ami, qui a bien changé, semble fort fatigué et paraît cacher un profond secret. Tout le monde se méfie de cet homme qui dégage une odeur de soufre et un trouble passé. Clément est marié à Rosalie, femme fragile et souffrant de l'éloignement avec son fils confiée à une femme durant son enfance. Je n'ose pas en dire plus par crainte de dévoiler des éléments qu'il est appréciable de découvrir par la lecture. On en vient très vite à se demander qui est véritablement ce Clément. Que cache-t-il ? De quel mal souffre Rosalie ? Charles Barbara se plaît à créer un univers malsain en semant le trouble par des allusions à la prostitution, au crime, à la folie. Le fantastique n'est jamais très loin. On pense parfois Faust.

J'ai profondément apprécié le style de Charles Barbara. Le roman est habité par un souffle. Le lecteur se plaît à découvrir ces personnages en société lors de soirées musicales parisiennes. On y parle d'art et de secrets enfouis. Des figures religieuses traversent aussi ce roman, et entretiennent une relation conflictuelle avec Clément. Barbara pose des problèmes philosophiques intéressants, posés aussi par Dostoïevski : si Dieu n'existe pas l'homme est-il libre de faire ce qu'il veut ? de tuer par exemple ?

Ce roman est un beau tableau parisien qui mêle la folie de l'homme à des questions plus philosophiques. J'ai vraiment hâte de découvrir d'autres oeuvres de cet auteur !