Raat, est un enseignant surnommé Unrat ( ordure, immondice en allemand ) par tout le monde. Il se montre très autoritaire et ne veut surtout pas être mis en difficulté. Pour cette raison, il n'hésitera pas à se montrer vexant et sévère avec ses élèves. Il suscite antipathie auprès de ses élèves, voire de ses collègues. Trois élèves sont particulièrement les cibles de cet enseignant. Ces derniers se rendent régulièrement à l'Ange bleu, un café dans lequel chante Lola Frölich, devenue célèbre grâce à Marlene Dietrich. Unrat décide de mener son enquête et de découvrir où traînent ces lycéens débauchés ... La rencontre avec Lola sera déterminante.
Il s'agit du roman qui a été transposé sur grand écran "L'Age bleu", mais le texte a un côté plus vénéneux que le film et des différences notables aussi dans la trame, comme la fin. Il est intéressant de comparer les deux.
J'ai vraiment beaucoup aimé le roman. Il a quelque chose d'expressionniste en s'intéressant aux bas-fonds de la société, en mettant en scène des personnages qui ne s'affirment pas comme des héros. Le professeur Unrat est même très antipathique. C'est un anti-héros. Il y a du Zola dans cette histoire, dans cette façon de dépeindre des destinées tragiques, sans forcément emprunter au naturalisme. L'acharnement dont fait preuve l'enseignant est sidérant. Il semble inhumain et enthousiaste à briser les individus avec sa soif inextinguible de vengeance.
L'écriture est plaisante et vive. Heinrich Mann permet à son lecteur de se familiariser avec la psychologie de ses personnages. On ressent le désir, la haine et la rancoeur de ceux-ci. Lola n'est pas aussi simple que ce que l'on pourrait penser et la relation qui l'unit à Unrat est intéressante car elle évolue. Il y a quelque chose de malsain qui se développe dans ce roman et qui ronge la morale, celle qui est véhiculée par certains personnages. Progressivement, face au désir, des individus transigent avec leurs principes. Le professeur censé incarner des valeurs solides tombe dans des excès, fait preuve de sadisme avec ses élèves. La jeunesse fréquente des lieux dans lesquels elle ne devrait pas se retrouver. Il y a des rapports de force entre certains individus. Heinrich Mann donne à voir une humanité qui bascule dans le vice.
J'ai lu ce roman avec le même plaisir que procure un roman de Zola. On se plaît à suivre comment les personnages évoluent et l'écriture est agréable. Un classique allemand qui n'a rien d'angélique.
Pucksimberg - Toulon - 45 ans - 15 janvier 2024 |