Cités Obscures (Les), Hors-série 12 : Souvenirs de l'Éternel Présent
de Benoît Peeters (Scénario), François Schuiten (Dessin)

critiqué par Nance, le 14 novembre 2011
( - - ans)


La note:  étoiles
Un projet finalement abouti
Le douzième tome de la série des Cités Obscures, mais il aurait déjà été publié en 1994 (est-ce qu’il y a eu des changements, je l’ignore) peu avant la sortie d’un film dont il est inspiré, un film belge de Raoul Servais, Taxandria. François Schuiten y avait participé à la conception graphique et Benoît Peeters à une des réécritures du scénario. Un film dont le résultat n’aurait plu à personne.

Une bande dessinée qui est difficile à raconter. On suit Aimé, dernier enfant de Taxandria, ville de ruines et désolation, où toute allusion au passé ou du futur est formellement interdite. Tous les jours se ressemblent et rien ne presse au pays de l’Éternel Présent, jusqu’au jour où le jeune Aimé découvre un livre sur le passé de Taxandria et ce qui a amené à sa destruction...

Une belle fable onirique, qui, comme c’est souvent le cas avec cette série, nous fait méditer sur le progrès non réfléchi, les extrêmes, la curiosité humaine, l’évolution. Le savoir est dangereux, mais l’ignorance est-elle mieux ? Progrès ou pas progrès, il y aura toujours des abus ? C’est riche, mais j’ai trouvé ça trop court et peut-être pas aussi poussé que j’aurais voulu.

La fin de l’ouvrage nous parle de l’oeuvre (le film et la bédé). Un projet tout en aventures et mésaventures. Ça a été très apprécié pour mieux comprendre ce qui s’est passé, l’histoire, l’historique, les coulisses...

Je n’ai pas encore vu le film, mais après d’avoir lu la bande dessinée, j’avoue que je suis intriguée.
Hors-série surréaliste et subversif 9 étoiles

Au pays de l’Eternel présent, la ville de Taxandria porte encore les marques du Grand cataclysme provoqué par la folie des hommes et la course à la technologie. Afin de ne pas avoir à supporter le poids de la culpabilité, le nouveau régime en place a ainsi décidé d’interdire les machines et de supprimer toute notion de passé et de futur, punissant sévèrement quiconque serait surpris en train de consulter des livres ou des images… Dans ce monde post-apocalyptique et totalitaire tente de survivre Aimé, jeune garçon chétif au crâne rasé. Le jour où il découvre, au hasard de ses pérégrinations, un ouvrage interdit racontant les origines du cataclysme, rien ne sera plus comme avant. Il se met à soupçonner monsieur Bonze, son instituteur, de lui cacher des choses. Car son plus grand rêve est d’aller à Marinum pour voir la mer, même si monsieur Bonze tente de lui faire oublier cette idée, en le mettant en garde contre les dangers qui infestent le pays. Mais Aimé est têtu et veut des réponses à ses questions, notamment comprendre pourquoi il est le dernier petit garçon et savoir où sont ses parents…

Dans la série des Cités obscures, la genèse de cette histoire est très particulière puisqu’elle est inspirée d’un film du cinéaste belge Raoul Servais sorti en 1994, « Taxandria », dont François Schuiten avait conçu les décors. Celui-ci, avec l’aide de son compère Benoit Peeters, a décidé d’exhumer le film au succès mitigé et d’en réécrire le scénario pour l’inclure dans la plus ambitieuse série de BD jamais réalisée. Bel hommage à cet réalisateur artisan et poète surréaliste dont l’univers évoque incontestablement les tableaux de Magritte, un artiste injustement méconnu qui de toute évidence n’a pas eu les moyens de ses ambitions, son projet ayant été quelque peu contrarié par la vogue des images de synthèses.

Quant à la BD elle-même, elle m’a séduit avec son graphisme soft et ses tons pastel, qui semblent adoucir le monde laid et desséché dans lequel évolue Aimé. On a même un peu l’impression de lire un livre pour enfants. Et pourtant, ce tome est paradoxalement le plus sombre de la série de par le thème traité : la course au progrès cause de la destruction de l’environnement et l’espèce humaine. Mais c’est aussi une ode à la liberté, une invitation, à travers l’histoire de cet enfant, à ouvrir les yeux face à toutes les formes de propagande et à défendre la vérité et la liberté, en un mot : à RESISTER. Une fois de plus, c’est magnifique et on reconnaît évidemment la patte de Schuiten, avec ses architectures fantaisistes et omniprésentes ici imprégnées de l’esprit surréaliste de Raoul Servais. Un tome vraiment à part puisque les villes de Taxandria et Marinum ne figurent pas sur la carte des Mondes obscurs...

Blue Boy - Saint-Denis - - ans - 25 mai 2012