A Bluewitch …par bonheur, et toujours lue, car elle nous a fait une si jolie critique principale de ce petit chef d’œuvre qui est aussi un hommage aux dames.
Où l’on trouve :
« (…) dans ce mouvement, toute cambrée à contre-jour, elle m’aspergea, comme une brassée de fougères mouillées, du parfum de sa chair et me fit défaillir.»
« (…) une passante au petit chien que le vent contre l’horizon plaque et va déshabiller, et qui lutte, et c’est une danse avec des courbes où la couleur se grise. »
« (…) les jambes des femmes qui font bouger la terre sous les froufrous sont ses pinceaux de rêve. »
Vous aussi vous pensez à un film n’est-ce pas ? Pinceaux ou compas, peu importe, c’est toujours la Terre qui bouge et le temps qui fuit.
Truffaut donc, mais Rimbaud aussi, dans ce « il s'agit maintenant de donner des voyelles aux couleurs » que nous cite Bluewitch.
Et le temps toujours, que Bonnard arrête presque en peignant Marthe toujours jeune alors que « Est-ce la quarantaine, Marthe, qui vous abat ainsi de l’intérieur comme une maison dans les flammes quand la façade reste intacte ? ».
L’art ou la vie ?
Le portrait de Dorian Gray ou ceux de Marthe ?
"Comme c'est triste! Je vais devenir vieux, horrible, effrayant. Mais ce tableau n'aura jamais un jour de plus qu'en cette journée de juin... Si seulement ce pouvait être le contraire! Si c'était moi qui restais jeune, et que le portrait lui vieillit! Pour obtenir cela, pour l'obtenir, je donnerais tout ce que j'ai! Oui, il n'y a rien au monde que je refuserais de donner! Je donnerais mon âme pour l'obtenir! " (Oscar Wilde)
Goffette nous fait lui aussi hésiter, avec Bonnard sans doute, entre l’instant où le vent plaque la robe entre les cuisses de la passante et l’éternité d’Elle, par bonheur, et toujours nue.
Mais, comme le dit Claudel si justement cité dans le livre : « Chut ! si nous faisons du bruit, le temps va recommencer. »
Tant pis, je vous mets un dernier extrait, parce qu’il ne peut que parler aux amateurs de littérature que nous sommes tous.
« Poucette endormie sur ses jambes, Pierre consacre quelques heures à la relecture de ses auteurs favoris. Hier, c’était La Fontaine (…) ; avant-hier, Verlaine ; aujourd’hui Proust dont il recommence la Recherche ; demain, ce sera tout Mallarmé (…). Tant de beautés, et aucune qui console de mourir. »
Bolcho - Bruxelles - 76 ans - 23 mai 2005 |