Cadix, ou la diagonale du fou
de Arturo Pérez-Reverte

critiqué par Tanneguy, le 14 octobre 2011
(Paris - 82 ans)


La note:  étoiles
Le roman d'une ville passionnante
Il s'agit d'un roman historique : Cadix pendant le siège des armées napoléoniennes en 1810-1813. C'est aussi un roman policier, puisqu'un déséquilibré agresse sauvagement et régulièrement de toutes jeunes filles et que le policier original et inspiré aura toutes les peines du monde à mettre un terme à ses agissements (le dénouement n'interviendra qu'aux dernières pages du livre).

Mais c'est surtout le roman de cette ville originale pendant le siège : une population très mélangée cohabite dans des conditions étonnantes. Le lecteur fera connaissance avec les notables, riches commerçants, armateurs, avec le petit peuple qui vit d'expédients dans la misère ambiante, avec les militaires espagnols ou anglais, mais aussi les français qui bombardent la ville avec plus ou moins de "bonheur", avec les députés qui mettent au point une nouvelle constitution susceptible d'affaiblir le roi déposé par Napoléon (qui a mis son frère Joseph sur le trône). Nous verrons aussi à l'oeuvre des corsaires dont les actions sont minutieusement décrites.

Le récit, très continu, nous fait passer d'un groupe à l'autre tout en proposant des descriptions précises de la ville elle-même, parfois un peu longues, mais toujours passionnantes. Je ne connais pas Cadix mais j'aurais envie de m'y promener aujourd'hui pour profiter de l'atmosphère suggérée par l'auteur.

Prenez votre temps et dégustez cet excellent roman d'un auteur qui nous a déjà proposé de nombreux ouvrages remarquables
Très bon roman historique policier 8 étoiles

Découvert par le plus grand des hasards, Cadix ou la diagonale du fou fut une très bonne surprise, une excellente lecture. Bien écrit, prenant, ce roman mêlant enquête policière et histoires diverses avec pour toile de fond le siège de Cadix par les troupes napoléoniennes, possède de nombreux atouts parmi lesquels des personnages marquants. Certains lecteurs ont trouvé son rythme un peu lent, pour ma part ce ne fut pas le cas. Il est vrai que l’action ne s’emballe que sur la fin mais là n’est pas à mon sens l’essentiel.
Ce faux rythme permet un bon ancrage dans le contexte historique et politique dans lequel se tient Cadix ou la diagonale du fou. Il permet également de mettre en place toute la trame narrative et d’approfondir les personnages qui auront tous un rôle plus ou moins direct ou indirect dans l’intrigue principale, à savoir les différents meurtres barbares perpétrés dans la ville andalouse.
Une lecture plaisante et enrichissante.

Sundernono - Nice - 39 ans - 3 septembre 2021


Un polar historique captivant ; une vision assez pessimiste de l'humanité . 10 étoiles

Arturo Perez Reverte restitue l'atmosphère de la ville de Cadix pendant son siège par les troupes napoléonienne en 1811 : sons , musique , couleurs , odeurs , parfums , fêtes , vie nocturnes . La vie pour les non combattants pendant ce siège – du moins pour les non combattants - est assez insouciante . Les marchands y prospèrent même souvent et la contrebande est très active y compris à travers les lignes ennemies. La ville est surpeuplée et bigarrée . On y croise des réfugiés du reste de l'Espagne , des colons des Amériques , des marins , les Anglais , alliés contre Napoléon. Cette insouciance apparente est à peine troublée par les boulets et bombes tirés par les artilleurs des troupes impériales qui peinent à atteindre les quartiers les moins éloignés de leurs batteries et font relativement peu de dégâts et de victimes .
Le maître d’œuvre de ces tirs est le capitaine Simon Desfosseux , plus scientifique , que soldat , indifférent aux honneurs militaires et à l'avancement dans la carrière. Seule la balistique le passionne . Le sort des troupes de Napoléon et des « collaborateurs » espagnols est moins enviable que celui des insurgés (éloignement de leur pays, précarité , pénuries …)

Dans Cadix on suit en parallèle trois personnages principaux :
- Tizon un commissaire de police corrompu , convaincu de la nécessité de son travail quel que soit le régime en place , et qui met en œuvre les « méthodes » qu'il juge nécessaires pour être efficace , même si des lois récentes interdisent la torture. Tizon semble un homme avec peu d'humanité , mais est a été marqué par la mort de sa fille, tombée malade pendant son adolescence. Il est confronté à une succession d'assassinats de jeunes filles dans des conditions atroces. Tizon va faire d'une affaire personnelle la poursuite du mystérieux assassin. Bizarrement les lieux où ces meurtres sont perpétrés sont juste après la cible d'un tir de la batterie française.

- Pepe Lobo , un capitaine de marine. Marin et corsaire par nécessité . Taiseux et dur également par nécessité. Il méprise les officiers aristocrates et leurs soi-disant codes d'honneur . Il ressemble beaucoup à mon avis au capitaine Alatriste le héros du 17e siècle d'une série de huit romans de Perez Reverte

- Lolita une trentenaire célibataire , qui a pris la succession de son père grand commerçant de Cadix. Cette femme est une perle d'intelligence, de courage , d'élégance , de raffinement , de compassion. Elle emploiera Pepe Lobo avec réticence comme corsaire. Cependant , rapidement une attirance réciproque naîtra entre ces deux êtres moins superficiels que la haute société qui les entoure.

Avec ces trois personnages on a les trames de trois histoires qui s'entrecroisent pour entraîner le lecteur dans un polar historique. Un bon moment de divertissement ? Oui , mais pas seulement. En fait le récit , surtout à la fin, est plein de noirceur. Ceux qui combattent des deux côtés ne se livrent pas à des combats chevaleresques. Les assiégeants pillent et violent . Leurs déserteurs sont exécutés de manière lamentable . Les villageois occupés brûlent vifs leurs ennemis pendant leur retraite. Le commissaire Tizon dans les pas de l'assassin est pris de vertiges en découvrant en lui-même des pulsions qui le rapprochent de ce meurtrier. Surtout , la parfaite Lolita envoie à leur perte Pepe Lobo et ses hommes pour sauver sa fortune familiale .
Un coup d’œil à la biographie de Perez Reverte explique ce pessimisme : 20 ans comme reporter dans des pays en guerre , dont le siège de Sarajevo. Ce qui est plus déroutant ce sont ses portraits de femmes à la fois anges et démons. C'est déjà le cas dans les aventures du capitaine Alatriste , où son protégé Inigo est la victime d'Angelica (cette jeune fille sortie d'un tableau de Velázquez). C'est aussi un scénario voisin dans « Le cimetière des bateaux sans nom » , où on découvre à la fin que le marin Coy s'est fait manipuler par la mystérieuse jeune femme dont il est devenu l'amant .

Nav33 - - 73 ans - 14 février 2021


pas convaincue du tout 1 étoiles

j'ai arrêté au bout de 120 pages. Je me force à continuer et puis non, j'arrête. Je n'ai pas été emportée. J'ai trouvé que l'action se trainait et que les personnages étaient trop stéréotypés.
Ce n'est pas grave. Tous les livres ne peuvent pas me plaire.
J'ai ouvert un livre de Julian Barnes, et lui il m'a emportée.

Madametong - - 53 ans - 5 novembre 2014


Typique de l'auteur 8 étoiles

Pérez-Reverte poursuit avec ce livre sa veine classique: des lieux, une époque, une histoire plus ou moins policière, des personnages souvent hauts en couleurs. Ici, c'est la ville de Cadix soumise à l'assaut des troupes françaises dans laquelle se déroulent les imbroglios liés aux éléments susnommés. Je suis toujours admiratif de l'énorme documentation dont se sert l'ancien journaliste pour reconstituer ce qui fait le fond de ses récits. Ceci, ajouté à un style fluide et une grande habileté dans la conduite des intrigues, fait du livre une sorte d'éblouissement qui tient en haleine du début à la fin. Je regrette seulement qu'il ait jugé bon d'ajouter 200 pages au récit, qui, si elles comportent leur lot d'évènements et de surprises, n'apportent rien à la psychologie des personnages ni à la fin prévisible des histoires. Très bien, mais un peu long donc.

Falgo - Lentilly - 82 ans - 21 avril 2014


Pas vraiment convaincu ! 7 étoiles

Tout d'abord Cadix, ou la diagonale du fou est une fameuse brique de plus de 750 pages. Trois histoires s'y croisent.
Un commissaire de police qui lit Ajax de Sophocle et qui s'englue dans une enquête sordide.
" Femme le silence est ta parure " ou encore " La recherche du gémissement sourd, sans cris ni lamentations, comme une bête qui rugit". Tout cela n'est pas vraiment réjouissant.
Cet homme vénal. Il sait que seul existe l'ordre naturel et que le désordre lui-même en fait partie et il se battra jusqu'à l'obsession pour trouver son coupable.
Puis il y a ce capitaine des armées Napoléoniennes, un esprit obnubilé de chiffres, de toises, de poudre et de plomb.
En enfin la belle Lolita. L'auteur écrira : " Il y a chez elle, dans sa manière de parler et de se taire, dans la sérénité de son attitude, un calme insolite et un aplomb qui attire".

Les descriptions sont de grandes qualités mais j'ai trouvé le final un peu faible.

Monocle - tournai - 61 ans - 19 mars 2014


Très , très bon roman 9 étoiles

Ce roman est un pack 3 en 1.
Il rassemble un roman policier dans lequel un commissaire de police violent et ripoux recherche un tueur en série qui assassine des jeunes femmes après les avoir sauvagement mutilées, un livre historique puisque cela se passe en 1811, siège de Cadix par Napoléon où les armées espagnols et anglaises font la guerre aux français, et c'est aussi un roman qui raconte le commerce naval étant donné que Cadix est un port avec ses navires marchands qui se font régulièrement arraisonner par des corsaires et pirates en tout genre. La prise d'un bateau peut mener une compagnie marchande à la faillite et donc chaque traversée est vécue par les propriétaires comme une épée de Damoclès pour l'entreprise.

L'auteur réussit à nous faire vivre ces 3 romans en 1 du début jusqu'à la fin avec délectation. Aucune histoire ne prend le dessus sur les autres, elles sont menées de front et les dénouements ne nous sont dévoilés qu'à la fin.

Vraiment , un très bon roman.

Thierry13 - - 50 ans - 12 février 2012