Le traducteur cleptomane
de Dezső Kosztolányi, Maurice Regnaut (Traduction)

critiqué par CC.RIDER, le 29 septembre 2011
( - 64 ans)


La note:  étoiles
Un petit chef d'oeuvre d'intelligence et de finesse
Un écrivain si atteint de cleptomanie qu'il ne peut s'empêcher de faire disparaître argent, bijoux ou propriétés du texte qu'il doit traduire... Un poète hérite de deux millions de marks, une fortune dont il ne sait quoi faire car il veut continuer à vivre modestement. Il lui faudra user de mille subterfuges pour parvenir à se débarrasser du trop perçu... Un voyageur qui ne sait pas un mot de bulgare parvient quand même à soutenir une conversation dans cette langue avec un contrôleur de train... Quelque part existe une ville où tout le monde met un point d'honneur à ne dire que la vérité, rien que la vérité, toute la vérité. La vie en est-elle plus agréable ?... Quand le gros Kalman, entrepreneur malchanceux, disparaît, ses amis se désolent, mais quand il refait surface, ils le rejettent... Un poète maudit dégringole un à un tous les échelons de la misère. Mais plus il s'enfonce et moins ses amis compatissent... Un critique littéraire donne son avis sur un manuscrit qu'il n'a pas lu... Le président d'une société culturelle s'endort dès que débute la conférence qu'il a lui-même introduite pour se réveiller à la dernière phrase de l'orateur...
Ce joli (en dépit d'une couverture d'un bleu criard) recueil de onze nouvelles est un véritable régal, un petit chef d'oeuvre d'intelligence et de finesse. L'auteur hongrois, observateur attentif, désabusé mais bienveillant des comportements humains, sut faire oeuvre de moraliste tout en amusant son lecteur avec ces petites histoires paradoxales, à la limite de l'étrange et du fantastique. Certaines nouvelles sont de petits contes philosophiques sans autre morale qu'une sorte de relativisme intrinsèque, d'autres cachent derrière leur façade humoristique toute une problématique des comportements humains. « La dernière lecture » relève du plus pur fantastique. « Un humour pince-sans-rire et un goût du fantastique qui jette Alphonse Allais et Marcel Aymé sur les chemins kafkaïens de la Mitteleuropa», annonce la présentation. On ne saurait mieux dire !