Désobéissance civile et démocratie : Sur la justice et la guerre
de Howard Zinn

critiqué par Radetsky, le 25 septembre 2011
(Massieu - 79 ans)


La note:  étoiles
Cachez ce sang que je ne saurais voir...!
Qui l'eût cru ? Tartuffe est sans conteste le personnage littéraire le mieux représenté hors de la littérature, puisqu'il est le parangon de l'hypocrisie et du mensonge, y compris et surtout le mensonge d'Etat.
Howard Zinn (1922 - 2010) était professeur d'Histoire à l'Université de Boston. Deux de ses ouvrages ont déjà été analysés et critiqués avec talent sur CL.
Son travail d'intellectuel et de militant lui a fait connaître les ressorts intimes de la politique intérieure et extérieure des Etats-Unis, dont il démonte les vices de forme (volontaires le plus souvent) depuis les origines, en passant par les crises, guerres, pressions diplomatiques ou économiques, subies par le peuple américain aussi bien que par le reste de la planète. Le titre n'est que la partie émergée d'un iceberg qui englobe des notions bien plus vastes : tous les mythes politiques, toutes les manoeuvres juridiques, tous les abus économiques, enfin l'imposture contenue dans l'oeuf (dans la Constitution) dès la Déclaration d'Indépendance, sont analysés point par point tout au long d'une histoire d'un peu plus de deux siècles. Un pays qui se targue d'être la "plus grande démocratie du monde" a admis et entretenu l'esclavage encore pendant un siècle, l'a prolongé de facto un siècle supplémentaire par la ségrégation... Après, le génocide des indiens, n'était qu'un hors-d'oeuvre ! Le Mexique, l'Espagne, divers pays d'Amérique du Sud, le Viet-Nam, l'Irak, l'Afghanistan et on passe sur les détails, ont été sous divers prétextes promus "ennemis" et traités comme tels, et gare aux amis qui se permettraient de murmurer ! C'est, au fond, la nomenklatura stalinienne avec le sourire Colgate, le goulag étant externalisé, délocalisé chez les autres, les métèques, qui paient avec leur sueur et leur sang.
Pourquoi désobéir ? La leçon a d'abord été écrite, comme antidote au faux langage, à l'intention des citoyens américains lesquels paient aussi le prix fort en fait de misères et de libertés bafouées, mais elle éclaire d'un jour plus éclatant ce que les thuriféraires du "rêve américain" cherchent à cacher sous l'évidence de leur soumission à un tel ordre. Bon appétit.