Carnets d'Orient, tome 9 : Dernière demeure
de Jacques Ferrandez

critiqué par CC.RIDER, le 27 août 2011
( - 66 ans)


La note:  étoiles
La valise ou le cercueil
Dégoûté de la tournure prise par la guerre, Octave est parti se réfugier au Canada en compagnie de Samia. Quand il apprend que celui qui s'est toujours considéré comme son père est mourant, il rentre en Algérie sur le domaine géré par sa mère. La propriété vinicole est loin de sa splendeur des années trente. Elle est lourdement hypothéquée et appartient presque totalement aux banques. La situation est tellement critique qu'une fois les funérailles achevées, la famille doit rentrer à Alger sous escorte militaire. Les pieds-noirs commencent à prendre conscience que luttant à un contre dix et abandonnés par le pouvoir, l'issue qui se profile devant eux ne pourra être que « la valise ou le cercueil ».
Excellent épisode de cette belle saga, « Dernière demeure » revient aux fondamentaux c'est à dire à l'histoire de la famille d'Octave. Cela permet au lecteur de mieux comprendre quel drame vivent les Algériens qu'ils soient arabes, juifs ou français, pro-indépendance ou pro « Algérie Française ». En toile de fond, la montée au pouvoir de De Gaulle suite au 13 Mai, le discours de Mostaganem, « la paix des braves », et une ligne politique ambiguë et fluctuante amenant à l'« l'auto-détermination », surprenant infléchissement pour ceux qui avaient placé tous leurs espoirs dans le général. Nous ne sommes qu'en 1960 et l'affaire est déjà quasiment pliée quels que soient les succès sur le terrain. Ferrandez revient aussi sur le décret Crémieux accordant aux Juifs la nationalité française et la refusant aux Arabes, créant ainsi, de par cette vieille loi injuste, des citoyens de seconde zone. Livre toujours aussi passionnant et aussi objectif.