Sur les chemins d'Oxor : Chroniques méditerranéennes (2003-2004)
de Marc Roger

critiqué par Cyclo, le 7 avril 2011
(Bordeaux - 78 ans)


La note:  étoiles
sur la route
Marc Roger est un lecteur public, professionnel, il se définit comme lecteur-marcheur.
Dans son livre Sur les chemins d'Oxor (il a inventé le mot pour désigner la rencontre entre Occident Ox et Orient Or), il raconte les pérégrinations de son long périple (un an, plus trois ans de préparation) autour de la Méditerranée, d'octobre 2003 à octobre 2004. il n'a malheureusement marché que 1200 km, le reste étant fait en voiture, en bateau, en avion, en tracteur, sur porte-bagages de mobylette, à dos de mule et même une fois à dos d'homme (!). Le récit est vif, émaillé d'incidents nombreux, notamment sur les passages de frontières, la difficulté d'aller en Lybie, le vol d'une voiture avec tous ses bagages, livres et textes... Il lit (cent soixante lectures sur cette année de périple) pieds nus : « je défais mes chaussures. Loin de me dénuder, cet acte, au contraire, me rassure et me permet sans faire de phrase d'être là où il faut, directement en phase. Le sol aussi a des choses à nous dire. » Il se dévêtait de ses chaussures aussi pendant le stage, et nous incitait à le faire. Les chemins d'Oxor sont rudes, il traverse la Croatie et le Bosnie en hiver, attrape des suées en Lybie, s'attache à tous les pays traversés, tout en se demandant : « Est-ce assez d'être un simple lecteur des contrastes du monde sans ne rien pouvoir faire ? » Il pense notamment à Israël et à la Palestine, il lit dans les deux contrées, mais ne manque pas d'être impressionné par l'incapacité de ces deux peuples à lier leurs destins. « J'aurais du tort à vous faire croire par quelques fausses perspectives que tout est beau, grandiose et digne d'intérêt par où mes pieds et mes yeux passent. » Sans doute tout n'est pas beau, il côtoie une corruption invraisemblable au moment des passages de frontières et de l'obtention des visas, une misère matérielle sans nom, mais aussi une hospitalité tellement fraternelle qu'elle lui fait dire, après qu'il ait été hébergé par deux Tunisiens fort pauvres : « En m'éloignant de leur misère, de cette vie rude au quotidien sans joie, je pense au privilège que j'ai de vivre, comme je l'ai toujours fait. De vivre en vagabond de luxe... »
Récit de voyage donc, récit de lectures aussi, et de rencontres inénarrables, comme avec cette très jeune fille tunisienne de seize ans, déjà auteur de plus de neuf cents contes et qui projette d'avoir le Prix Nobel de littérature, ou les soirées lybiennes, sous la bienveillance du grand Guide. Il ne se leurre en aucun moment sur la valeur et la qualité de la rencontre : « Car ils savent que nous ne savons rien de leur façon de vivre, et que peu nous importe d'en savoir davantage. » Ce qui est sans doute vrai de la plupart des touristes, mais pas des gens comme lui, ouverts sur l'inconnu, et peut-être même le recherchant.
Un beau livre, sincère, touchant.