L'occupation américaine
de Pascal Quignard

critiqué par Jules, le 26 avril 2002
(Bruxelles - 80 ans)


La note:  étoiles
L'adolescence et la tentation...
Ce roman se passe au début des années 50, en France, à Meung-sur-Loire. Une autre époque, un autre monde !
Un petit peu d'histoire est nécessaire pour comprendre toute l'ambiance de ce livre. Le titre vient du fait qu'au lendemain de la guerre, les Américains ont installé un certain nombre de bases militaires sur le territoire français. Il faudra attendre l'arrivée au pouvoir de de Gaulle pour que le Shape soit chassé de France et vienne s'installer à Bruxelles et Mons.
Nos deux héros s’appellent Patrick Carrion et Marie-José Vire. Ils sont adolescents et s’aiment depuis l’enfance. La pilule n'existe évidemment pas, mais les pulsions de la jeunesse n'en sont pas différentes pour autant.
Ils ont un rêve commun : quitter la France et aller un jour en Amérique. Aussi imprégnés de Rimbaud et Villon qu'ils soient, ils pensent aussi Faulkner et Hemingway. Ils pensent surtout au frigo Kelvinator, au Coca-Cola, au toaster, à Hollywood, aux grosses voitures, aux Lucky Strike, à Buddy Holly et Bill Haley, au jazz etc. Bref à tout un monde qui les fascine.
La France se remettait d’autant plus mal au niveau économique qu’elle avait refusé l’aide du Plan Marshall. Pour ces jeunes adolescents le Français vivait comme un homme du siècle dernier par rapport aux « occupants »
Occupants est vraiment le terme. En effet, une bonne partie de la population les considérait comme tels et les rendait responsable de tous les maux, comme les pénuries, la hausse des loyers etc. Quant aux communistes, beaucoup plus nombreux à l’époque en France, ils appelaient l'armée russe de leurs vœux pour être délivrés de ces « occupants » Patrick va un jour se faire agresser dans la rue par de jeunes voyous et c’est un sous-lieutenant américain qui viendra à son secours. Enfin, grâce à lui, Patrick va entrer dans ce qui est pour lui le sommet : la base américaine d’Orléans.
A partir de là, sa vie va basculer et devenir un vrai rêve. Pour Marie-José ce ne sera pas le cas. Elle aura le sentiment que ces gens lui volent son Patrick et elle gardera bien davantage ses distances. Lui-même finira par se poser des questions quant à la civilisation américaine : « .(elle) entassait un si grand nombre de gadgets périmés que la déesse de ce monde lui paraissait commencer à ressembler à un grand entrepôt de carcasses de voitures et d’instruments dépareillés. L'autel de cette déesse était une immense poubelle renversée dont l'ordure s’était répandue soudain, en à peine dix ans, sur la surface du globe. »
Le roman de l’adolescence, mais surtout d’une époque, d’un pays confronté à un tout autre mode de vie que le sien. Pascal Chinard décrit tout cela avec le talent d’écriture qui lui est propre.