Après le banquet
de Yukio Mishima

critiqué par Odakawoi, le 24 mars 2011
( - 30 ans)


La note:  étoiles
Par Blolit
Y. Mishima a été un auteur on ne peu plus prolifique qui n'aura eu de cesse de coucher ses ressentis sur le papier, et ce jusqu'à sa mort par seppuku. Son oeuvre, incroyablement fournie, se compose de près d'une centaines d'ouvrages, regroupant à la fois romans, nouvelles, essais, pièces de théâtre... Mais l'homme est lui-aussi un homme étonnant : tiraillé entre modernité occidentale et traditionalisme japonais, hétérosexualité officielle et homosexualité officieuse, une constitution chétive qu'il ne supporte pas. Néanmoins, Y. Mishima demeure surtout une icône du sentimentalisme romancé, des histoires d'amour fleur-bleue et de caractères bien trempés ; ce qui rend ses personnages terriblement dynamiques, droits et attachants.

En choisissant de mettre en scène deux "seniors", Y. Mishima renonce au jeunisme romantique qui caractérise souvent la littérature sentimentaliste habituelle et veut croire dans un amour au-delà des limites fixées par le corps. De fait, leur relation ne peut en être que moins dramatique mais pas moins vive : si leurs deux situations financières sont stables, les frictions qui résultent de caractères diamétralement opposés nous émerveillent. Le style limpide de l'auteur, frais et sans fioritures, retranscrit cet état d'apaisement de l'âme propre aux personnes d'expérience et sachant apprécier le spectacle d'un paysage enneigé ou des fleurs de cerisiers. En à peine deux cents pages, Y. Mishima parvient à déployer l'ensemble des concepts qui animent une vie humaine : la volonté de réussir, la morale, la modernité compulsive, le traditionalisme passif, un idéalisme restreint aux fantasmes...

Après le banquet dépeint la fresque d'une fin de vie qui prouve que la vieillesse n'est pas synonyme de régression. La romance se mêle à la politique, deux entités que Kazu prend à la légère et dont elle confond les ambitions, pourtant si distinctes l'une de l'autre. Au final, une question demeure : y a-t-il prédominance de l'esprit (Noguchi) sur le corps (Kazu) ? Et bien, comme pour la quasi-totalité de son oeuvre, Y. Mishima tend à trancher pour le second car, comme le dit le proverbe japonais, il n'y a pas d'esprit fort sans un corps puissant.