Maison d'été, plus tard
de Judith Hermann

critiqué par Dirlandaise, le 1 novembre 2010
(Québec - 67 ans)


La note:  étoiles
La nostalgie de ce qui aurait pu être
Recueil de neuf nouvelles d’une jeune auteure berlinoise dont c’est le premier livre. Il a d’ailleurs connu un vif succès en Allemagne car plus de deux cent mille exemplaires se sont vendus. Il s'agit de rencontres, d'attirances irrésistibles qui n’aboutissent pas, d'amitiés naissantes qui meurent avant même d’avoir eu le temps de s’épanouir, de questionnements qui demeurent sans réponse, d'êtres qui se cherchent, se frôlent, se haïssent, s’aiment sans oser se l’avouer, se déchirent, se rapprochent pour mieux se quitter, de jeux de séduction qui ne débouchent souvent que sur le vide, de rêves inavoués, de désirs inassouvis, de vies brisées, le tout porté par une écriture fine, élégante, d’une sensibilité extrême, une écriture douce et mélancolique. Car le livre respire la mélancolie, l’attente, la nostalgie de ce qui n’est plus ou aurait pu être mais n’a jamais vu le jour.

Les nouvelles que j’ai préférées sont « La fin de quelque chose », « Sonia » et « La musique de Hunter Tompson » parce qu’elles évoquent la vieillesse, la solitude, le rapprochement souvent très laborieux et presque impossible entre deux générations que tout sépare, l’amour que l’on croît solide et durable et qu’une rencontre impromptue vient tout bouleverser, la mort, le vide affreux de certaines vies, la folie.

Je tiens cependant à souligner « Maison d’été, plus tard » qui, plus que toutes les autres, expose avec justesse l’incommunicabilité qui domine souvent les relations amoureuses des jeunes adultes et la difficulté d’intégration qu’éprouvent les êtres différents non seulement en raison de leur origine sociale mais aussi leurs désirs et aspirations. C’est un très beau texte, décrivant avec justesse la souffrance secrète et inavouée habitant le personnage principal qui sous des dehors d’original et de tombeur, dissimule sa défaite et son échec amoureux. Une nouvelle tragique comme toutes les autres car le bonheur est soit absent, soit bien éphémère dans la vie de ceux qui peuplent ces récits empreints de tristesse et de regret.

Une seule nouvelle ne se situe pas en Allemagne mais se passe à New York. Il s’agit de « La musique de Hunter Tompson ». J’ai aussi beaucoup apprécié les références au chanteur Tom Waits que j’idolâtre. Une de ses citations se retrouve d’ailleurs comme épigraphe de ce recueil.

Judith Hermann a écrit depuis un autre recueil de nouvelles intitulé « Rien que des fantômes », titre très évocateur je trouve.