Le tueur, tome 8 : L'ordre naturel des choses
de Matz (Scénario), Luc Jacamon (Dessin)

critiqué par Dirlandaise, le 23 octobre 2010
(Québec - 67 ans)


La note:  étoiles
Une affaire de pétrole cubain
Ma série préférée vient de s’enrichir d'un nouveau tome et je ne pouvais pas laisser passer cette occasion d’en parler de nouveau au risque de me répéter. Il y a tellement longtemps que je l’attendais que ce fut un vrai bonheur de retrouver mon personnage adoré en la personne du Tueur toujours aussi stoïque et désabusé malgré son nouveau statut de père de famille. Je voudrais avant tout commenter la couverture que je trouve tout simplement magnifique. Pourquoi ? Parce qu’on y voit le tueur marcher. Il semble complètement détaché du chaos qui l’entoure. Rien ne semble le toucher, le troubler et cela décrit à merveille sa personnalité caractérisée par un sang-froid hors du commun. Elle est particulièrement réussie cette couverture je trouve.

Ouvrons donc ensemble ce huitième tome. Une ville tout illuminée dans la pénombre. Notre héros se tient en attente sur le toit d’un gratte-ciel. Il vise une fenêtre appartenant à un autre immeuble situé en face de celui où il se tient. La distance est impressionnante compte tenu du but visé. Sa victime, le général Contreras, ne sait évidemment pas ce qui l’attend. Dans quelques minutes, elle aura cessé de vivre sans même savoir ce qui lui est arrivé. La page huit est un véritable chef-d’œuvre graphique. Le travail de monsieur Jacamon n’a de cesse de m’impressionner. Il excelle dans les scènes d’action et ses jeux d’ombre et de lumière sont toujours aussi réussis. La dernière planche de la page neuf est aussi magnifique. Quel beau travail vraiment ! Et le Tueur nous sert encore ses réflexions philosophiques savoureuses qui ont fait sa renommée dans les tomes antérieurs.

Pour les personnages, nous retrouvons dans ce tome outre le Tueur, sa belle épouse vénézuélienne et son petit garçon ainsi que son ami de toujours le fidèle Mariano. En ce qui concerne le scénario, il s’agit d’une affaire de pétrole. Cuba a découvert des gisements importants dans ses eaux territoriales mais ne possède pas l’argent nécessaire pour procéder à leur exploitation. Ils ne veulent rien savoir des USA et se tournent donc vers le Vénézuela et la Chine au grand dam des Américains qui ne veulent pas que cette source de richesse leur passe sous le nez. Le Tueur est donc engagé par la belle cubaine Katia afin de liquider quelques personnages importants de la scène politique afin de déstabiliser le pays.

Une partie de l’action se passe à Montréal mais là, je dois avouer que le portrait de cette ville que brosse le scénariste m’a fait bondir. Il nous sert des clichés éculés au sujet du manque de culture des Montréalais et de leur propension à écorcher la langue française ainsi que leur manque de vocabulaire. Franchement, j’ai trouvé cela assez irritant pour employer un euphémisme. En fait, Mariano et le Tueur sont aux prises avec une bande de Hell’s Angels, un groupe de motards redoutables. Le scénariste use d’un mauvais québécois, enfin ce qu’on peut retrouver de pire, pour les répliques des gars de bicycle. Il traduit en « français de France » au bas des vignettes ce qui donne ce qui suit :

« Qui c’est qu’v’z’êtes tabarnak ? » devient « Vous êtes qui bordel ? » Assez ridicule…

Pour le reste, la qualité n’a pas faibli et la fin du tome me conforte dans l’idée d’un neuvième car l’histoire se termine abruptement et nécessite une suite absolument que je lirai avec joie mais de grâce monsieur Matz, cessez de ternir l’image du Québec, nous n’avons pas besoin de cela…

« Parfois, je me dis que j’aimerais bien croire en quelque chose. Croire en un de ces dieux plus ou moins interchangeables, Adonaï, Jésus-Christ, Allah… Croire en une cause politique de gauche ou de droite, peu importe, pourvu que j’y croie ou bien humanitaire, ou même simplement en quelqu’un…Mais je n’y arrive pas. Je n’en suis pas capable. Je ne sais que douter, me poser des questions, voir les arguments contraires, les raisons de ne pas croire. J’imagine que lorsqu’on croit en quelque chose, la vie doit être plus simple. On a un système de pensée qui donne des réponses à toutes les interrogations. Même si elles sont parfois insatisfaisantes, ça doit être réconfortant et on sait pourquoi on se bat. »