La bourrelle
de Bernard Clavel

critiqué par CC.RIDER, le 21 septembre 2010
( - 66 ans)


La note:  étoiles
Violence, peur et passion amoureuse
Au 18ème siècle, dans la ville de Québec, Jeanne, belle garce récemment arrivée de Normandie, moisit au cachot depuis des semaines. Elle est condamnée à mort pour avoir volé quelques robes et risque d'attendre longtemps son châtiment car le dernier exécuteur des basses oeuvres est mort et les juges ne trouvent personne pour le remplacer. Quand arrive un soldat qui doit purger un an de prison, elle échafaude un plan avec la complicité de son geôlier : que le soldat se porte volontaire pour la place de bourreau puis qu'il l'épouse et elle sauvera sa tête. Tout se passe à merveille, mais le soldat ne supporte pas les désagréments de son nouveau rôle. Jeanne trouve un trappeur qui les aidera à s'enfuir de la ville contre un versement de 150 livres plus quelques privautés de la part de la bourrelle qui sait payer de sa personne quand il s'agit de sauver sa peau...
Un court roman ou une longue nouvelle (158 pages) inspiré par une étude historique de A.Lachance sur « Le bourreau au Canada sous le régime français ». Sous la plume alerte de Clavel, le lecteur découvrira le personnage attachant de Jeanne, cette immigrée croyant débarquer sur une terre de lait et de miel et n'y trouvant que froid, trahison et misère et surtout la réalité de la condition finalement peu enviable de bourreau, obligé de torturer, marquer au fer rouge, fouetter et exécuter les condamnés pour se retrouver unanimement rejeté par la population. Sa femme doit subir le même ostracisme. Les gens l'insultent, lui crachent dessus et lui lancent des pierres. Il y a tout le drame d'une vie dans ce roman puissant : violence, peur et passion amoureuse. Un très beau texte.
Le souffle court au travers des bois. 6 étoiles

En 1700 et quelques, l'histoire au Québec d'une belle garce venue de Normandie.
Accusée de vol, elle est condamnée à la potence. Pas beaucoup d'alternatives pour échapper à ce sinistre destin. Il en existe un, se marier au bourreau. Cela tombe bien, un soldat en déroute vient d'être incarcéré dans la même prison. Usant de ses charmes pour soudoyer le surveillant, elle en usera pour convaincre le soldat de l'épouser.
C'est que la bourelle est belle, peu d'hommes résistent à ses charmes.
Vivant une vie de mari et femme, le couple ne se satisfait pas de cette vie en marge de la cité, refoulée aux portes de la ville, houspillée, caillassée, rejetée, la bourrelle n'en peut plus.
Elle convainc son mari de prendre le large grâce au concours d'un coureur des bois.
Bien sûr elle s'en éprend. Le Pelletier sera son unique amour, le seul, le grand.
Echappée puis rattrapée, réincarcérée, la bourrelle sera trahie par celui qu'elle aimait et finira pendue.
C'est une très courte histoire que nous conte là Bernard Clavel, presque une nouvelle, basée sur une histoire vraie. L'auteur y place toute la miséricorde, l'amour, le pardon qu'il faut savoir accorder à ceux qui font des faux pas. C'est un livre pétri de sentiments ambivalents et d'une grande foi en l'humain.
La bourrelle, au regard des moeurs de l'époque, n'a que ce qu'elle mérite, mais Clavel laisse la porte ouverte à la miséricorde, à l'espoir qui finalement se trouvent déçus.
Une agréable lecture.

Hexagone - - 53 ans - 21 mars 2011