Dans sa bulle
de Suzanne Myre

critiqué par Porcelaine, le 8 septembre 2010
( - 111 ans)


La note:  étoiles
L'affaire du doigt
Un hôpital, c’est comme un petit village doté d’une route principale, où tout le monde finit par se croiser sans le vouloir. Il n’y a pas que les malades pâlichons en posture cercueil-pédic dans les unités de soins prolongés. Miss Gratteux rêve de gagner à la loterie, le plombier-joaillier présente ses bijoux à la foire d’artisanat des employés et le gériatre timide, qui arrive de la Côte-Nord, fait rêver l’infirmière-chef. Mélisse, elle, ses paroles s’écrivent dans des phylactères et elle survit à son travail en nageant.

Illustration de la touchante faillibilité des humains, Dans sa bulle est également un livre sur l’importance du père dans la vie d’une femme et une lunette d’approche qui nous permet de poser un regard sur le microcosme d’un hôpital, un lieu de toutes les découvertes. Les médecins ont-ils tous fait le serment d’Hippocrate ? Que dire de L’affaire du doigt ? Et de la tentative de meurtre à l’épluche-légumes ? Certains passages pourront vous faire rougir comme une pivoine.

Suzanne Myre est lauréate du Grand Prix littéraire de Radio-Canada et du prix Adrienne-Choquette, finaliste au Prix des libraires et au prix France-Québec. Dans sa bulle est son sixième livre, mais il s’agit de son premier roman. Elle s’est inspirée de l'hôpital plein de microbes où elle pousse des civières et des fauteuils roulants à bout de bras, grâce à ses tout petits bras.
Réussir à mélanger humour, légèreté et les pistes de réflexion 8 étoiles

Je ne reprendrai pas la quatrième de couverture étant donné qu'il a déjà été mis en guise de critique principale.

Mon avis : Moi qui pensais entrer en contact avec l'auteure par le biais de l'un de ses recueils de nouvelles, je tombe plutôt à bras raccourcis sur son premier roman ! Roman qui se lit d'un seul trait, un vrai pageturner comme diraient nos amis anglophones. Simple, sans être simplet, une touche de féminin sans être une oeuvre chick-lit mièvre, un ton ironique avec de belles trouvailles : « [...] ce qui m'oblige à le considérer sous un autre angle et non l'angle mort sous lequel je le regarde depuis des mois. » [p.47] et des dialogues coupants, bien menés et parfois très drôles :

- Monsieur Gouin m'appelle. Je suis devenue son chouchou en moins d'une soirée. Est-ce que je devrais me méfier ?
- Pas d'un homme qui peut faire 245 points au scrabble. [p.162]

Ça m'a fait un réel bien de lire ce roman à l'humour un brin intello-culturel, sans grandes prétentions réfléchies, au point d'avoir à méditer sur chaque chapitre. Quoiqu'il y a des pistes de réflexion sur la mort, la vieillesse et l'impotence, auxquelles j'ai été sensible en travaillant moi-même dans le milieu de la santé avec cette clientèle. J'ai aussi été sensible à la relation père-fille, à laquelle je ne connais rien, mais qui met en avant-plan le besoin d'avoir un père, des impacts que ça peut avoir dans la vie d'une femme.

Petit bémol toutefois. J'ai trouvé certaines coïncidences un peu dures à avaler, à la limite du roman-savon américain, mais qui finissent par passer étant donné le ton mi-sérieux, mi-humoristique du livre. En tout cas, ça m'a vraiment donné envie de me lancer dans l'oeuvre de Suzanne Myre !

Note : 4/5

Calepin - Québec - 43 ans - 11 janvier 2011