Le titre du livre, "l'invention de la vérité", est inspiré d'une citation de Ruskin, le critique d'art anglais, esthète et philosophe de la beauté. Il a dit : "On peut imaginer des choses fausses, et composer des choses fausses ; mais seule la vérité peut être inventée". Marta Morazzoni fait donc usage de son privilège de romancière, qui est celui "d'inventer" la vérité, en racontant dans des chapitres alternés, d'une part la création de la tapisserie de Bayeux et d'autre part la dernière visite faite par John Ruskin à Amiens. La tapisserie de Bayeux, qui illustre la victoire de Guillaume le conquérant sur le comte Hastings, est un chef-d'oeuvre anonyme du Moyen-âge. Et la cathédrale d'Amiens est le sommet de l'art Gothique (et peut-être le sommet de l'art tout court).
J'ai apprécié ce court roman (146 pages), autant la partie sur Ruskin que celle sur la tapisserie de Bayeux (que je ne connaissais pas). Un petit regret : l'auteur décrit la ville d'Amiens en hiver, avec ses "eaux troubles" et "son ciel lourd", et ne rend pas justice à la beauté de cette ville si sympathique. Le lecteur intéressé par Ruskin et par Amiens doit absolument se procurer "La Bible d'Amiens", ouvrage de Ruskin traduit et commenté par Proust.
Un petit extrait, assez injuste pour Amiens : "En 1879, Amiens était donc une ville noire de fumée, industrieuse mais désordonnée, dépourvue de charme".
Saule - Bruxelles - 59 ans - 28 décembre 2010 |