La Sainte Vehme
de Pierre Benoit

critiqué par PPG, le 10 mars 2010
(Strasbourg - 46 ans)


La note:  étoiles
Petit goût d'inachevé
Quelques mois après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne, alors occupée par les vainqueurs, voit le retour d'un de ses enfants : le baron Ulrich du Glénic. Libéré du camp de concentration de Goroditch en Ukraine, par l'intermédiaire de dona Flor Vasquez dont il est follement éperdu, il est de retour avec cette dernière dans son château à Ilsenburg. Il y sera accueilli plutôt froidement par Alda, sa cousine ayant assuré la gouvernance de ses biens durant son absence. Celle-ci semble voir d'un très mauvais oeil la présence de cette jeune et belle Dominicaine. Et pour cause, toutes deux semblent amoureuses du même homme, à moins qu'il ne s'agisse d'autre chose. Cependant, très rapidement, un élément nouveau viendra peut-être changer la donne et clarifier certains aspects : chacune s'aperçoit en effet que l'autre porte ostensiblement sur elle une fleur blanche et noire dite anémone des sorcières, emblème de la Sainte-Vehme. Cette société secrète allemande d'inspiration chrétienne, destinée à rendre justice de manière expéditive (généralement par pendaison), traque inlassablement les traîtres à la patrie, c'est-à-dire ceux collaborant avec les vainqueurs. Quels sont alors les liens qui semblent unir ces trois personnages depuis l'inexplicable retour du baron ? Ce dernier ne semble d'ailleurs pas prendre toute la mesure du prix de sa toute nouvelle liberté. Il faudra aussi compter sur les agissements du capitaine Camille Hébrard, lequel n'est pas insensible aux charmes de ces deux créatures. Qui fait quoi, et pour le compte de qui, semblent être les deux questions fondamentales dans cette intrigue.

L'entame de ce roman est prometteuse. L'histoire démarre sur les chapeaux de roue, sans perdre de temps, avec une intrigue séduisante. Le découpage narratif qui n'est pas chronologique et qui suit l'état d'avancée de compréhension des protagonistes est plaisant, évitant le piège de la monotonie que peuvent revêtir certains romans. Néanmoins, le rappel des dates des événements agace un peu à la longue. C'est certes assez pratique, mais c'est surtout redondant et inesthétique au possible, à l'instar de ce que peut être un rapport circonstanciel. Quant au fond, on est tenu en haleine tout le long, puis on a l'impression qu'on s'essouffle un peu, avant d'avoir confirmation du malaise sur la fin. On n'y apprend finalement pas grand chose, sinon ce qu'on prévoyait déjà.
Il reste quand même un roman très bien écrit, à l'atmosphère mystérieuse, mais dont on peut être déçu, non pas de ce qu'il est (les quelques reproches ci-dessus auraient bien vite été pardonnés), mais de qu'il aurait pu être : un très grand roman. Donc petite déception, il faut l'avouer.