Sexy
de Joyce Carol Oates

critiqué par Farfalone, le 22 octobre 2009
(Annecy - 53 ans)


La note:  étoiles
Bienvenue dans le monde des adultes, Darren!
Le style est celui d'une certaine littérature américaine, dans lequel je retrouve l'écriture des grands auteurs de roman policier actuels (je ne parle pas du roman noir américain), ceux dont les tirages se comptent en millions d'exemplaires, une écriture simple et sans fantaisie poétique, sans phrases longues, en un mot sans "prise de tête". Tout est fait ici pour éviter au lecteur (la cible à l'origine était l'ado en"quête identitaire" comme nous le dévoile le nom de l'éditeur américain: HarperCollins Children's Books) une trop grosse fatigue. On lui parle donc dans une langue qui lui est accessible. L'auteure doit à son lecteur la clarté sans laquelle celui-ci ne pourrait que se perdre dans les méandres de la "quête identitaire" (cf. infra). C'est dire qu'on suggère peu et qu'on explique beaucoup, par le biais de dialogues, de caractérisations et de fugaces introspections.

Il y a donc une histoire mise en intrigue: ces romanciers américains-là ne se posent pas la question; il ne peut y avoir récit, roman, sans intrigue, laquelle suscite et maintien l'intérêt chez le lecteur. Evidemment il y a aussi un message, politiquement correct et donc un peu manichéen: mais le Bien, le Mal, n'est-ce pas, c'est le fond inaliénable de la culture américaine.

L'histoire c'est celle de la "quête identitaire d'un jeune de seize ans dans une société de préjugés où il n'a plus de repères". Ça c'est la quatrième de couverture qui le dit.
Le message c'est: il ne faut pas confondre homosexuel et pédophile, Darren et vous les autres petits cons en "quête identitaire". Les homosexuels sont à l'instar des Indiens survivants du massacre et pour l'heure parqués dans leurs réserves, une minorité protégée, un peu comme le sont les espèces en voie de disparition, sauf que l'homosexuel est une espèce en voie d'apparition. Je veux dire par là qu'elle devient de plus en plus visible dans le lycée de Darren qui est pourtant -métaphore de la société américaine- dominé par la culture christique-machiste sur laquelle se détache -dichotomie ici aussi- l'univers "des filles" représenté par la belle et sensible Molly. Mais la pédophilie c'est pas bien et en plus ça risque de fausser quelque chose à "la quête identitaire etc..." Tableau archétypal, donc.

L'intrigue: les effets produits par la vengeance mesquine d'un groupe de trouduculs machos à l'encontre d'un prof d'anglais, admiré par les filles (pour son humour et sa sensibilité). On est dans un milieu de champions de natation (mens sana in corpore sano est un "paradigme" pédagogique très américain emprunté aux anciens), des mecs aux larges épaules, aux longues jambes et à la taille fine, comme Darren. Comme Darren qui se torture (se prend la tête) parce que le prof en question (Mr Tracy) lui a fait ce qu'il a vécu comme étant "des avances".

En être ou pas: telle est alors la question à laquelle il est soumis. Parce qu'on se construit sous et par le regard des autres. Une interrogation existentielle qui aurait mérité une écriture plus subtile, tant il est vrai que la construction du soi est ce qui déterminera la place d'un individu dans la société ainsi que le vécu et les comportements qui vont avec. Mais Darren est un héros positif, ouf, et ses interrogations se verront diluées dans la double affirmation de sa virilité, avec toutes les certitudes qui vont avec. God bless America!

Il est urgent de relire "L'enfance d'un Chef", nouvelle de Sartre qui ne disait pas autre chose dans les années 1930: les conditions de la construction de soi peuvent conduire à former les "salauds".
l'homophobie ordinaire 9 étoiles

Dans "Sexy" de la grande romancière américaine Joyce Carol Oates (souvent pressentie pour le Prix Nobel), roman traduit par Diane Ménard (Gallimard,2007), on suit Darren, un lycéen de seize ans, très beau et qui est étonné de voir qu’il est souvent regardé, ce qui le gêne considérablement, car pas seulement par des filles : "Certains de ceux qui le regardaient, fixant des yeux affamés sur lui, n'étaient ni des filles, ni des jeunes femmes, mais des hommes. Il voyait ça dans leur regard à quoi ils pensaient, et ça le dégoûtait." Il vit ça assez mal. Il est très fort dans les compétitions de natation où il représente son lycée, mais il se sent seul, y compris dans sa famille : "rien n’est plus gênant que d’entendre son père dire : « Quand j’avais ton âge. » C’est la dernière chose qu’on a envie d’entendre de l’un de ses parents, jamais".

Un jour de forte pluie, au sortir du lycée, il accepte d’être reconduit chez lui par Mr Tracy, le professeur de littérature anglaise, dans sa voiture. Son malaise s’accroît, car Darren ne pense pas mériter les encouragements ni l’intérêt de l’enseignant, ses notes étant loin d’être brillantes. Il est mal à l'aise tout au long du parcours; cependant, il ne se passe rien. Mais à la fin du trimestre, il obtient un 14 immérité (mais n’en parle pas aux autres), alors qu’un de ses condisciples n’obtient que 2. Avec deux autres élèves du lycée, celui-ci ourdit un complot accusant le maître d’être homosexuel et même pédophile. La rumeur se répand, Mr Tracy est obligé de prendre un congé de maladie, et sollicite Darren pour dissiper les bruits, puisqu’il ne s’était rien passé pendant le trajet en voiture : aucun geste déplacé ni de parole à double sens. Mais Darren ne fait rien pour détourner les soupçons grandissant sur son professeur, pourtant très compétent et qu’il admire, que toute la communauté transforme peu à peu en bouc émissaire. Sans doute différent, Mr Tracy ne supporte pas cette suspicion généralisée, il meurt dans un accident de voiture qui se révèle un probable suicide. Comme dans 'Viol', que j’ai déjà chroniqué, Joyce Carol Oates décrit l’atmosphère provinciale empesée et normative des adolescents et du reste de la population, où l’homophobie et la haine de la différence finissent par créer des ravages. On notera le rôle déplorable de la police, plus encline à fabriquer des coupables qu’à chercher la vérité.

Le jeune héros devra sortir de sa passivité pour regagner l’estime de lui-même. Un fort beau roman.

Cyclo - Bordeaux - 76 ans - 11 décembre 2020


Identité recherchée 5 étoiles

Il est assez gênant de constater qu’une écrivain établie comme JCO puisse bâcler une histoire de la sorte. Elle fait monter le suspense en explorant le thème de la psychose sociale, puis règle le tout au milieu. Il semble manquer des pages à ce livre, des morceaux d’histoires.

Les personnages sont clichés, les comportements éculés. Seule l’écriture limpide et efficace permet de s’accrocher à cette courte fable mièvre portant sur la quête d'identité et les affres de l’adolescence in the US of A.


- lu en version originale -

Aaro-Benjamin G. - Montréal - 53 ans - 27 novembre 2009