Les Vierges et autres nouvelles
de Irène Némirovsky

critiqué par CC.RIDER, le 10 octobre 2009
( - 64 ans)


La note:  étoiles
De tout un peu beaucoup
Femmes se lamentant sur leur sort. Mères abîmées dans le regret du temps où elles étaient belles, aimées et dévouées à leurs enfants et à leurs maris. Fils et fils hantés par la malédiction de l'hérédité. Petits souvenirs d'enfance, de guerre, de vie au village. Histoires de fantômes, de destin contraire, de paranormal ou d'adoption ratée dans une famille nantie. Scénario à demi achevé pour un film néo-réaliste sur le monde de la prostitution. Un étrange fourre-tout que ce volume et pas vraiment un recueil de nouvelles du niveau claironné en 4ème de couverture.
On a l'impression que l'éditeur a raclé tous les fonds de tiroirs pour profiter jusqu'à la dernière goutte du succès d'une femme écrivain dramatiquement disparue dans la nuit et le brouillard d'Auschwitz et couronnée longtemps après sa mort (2004) du Prix Renaudot pour « Suite Française ». Némirovsky a indéniablement une plume, sait fort bien rendre vivants les dialogues et analyse avec une précision d'entomologiste les sentiments et les motivations de ses personnages. Malheureusement, un certain nombre des textes présentés sont sans grand intérêt excepté ceux qui relèvent d'un registre inhabituel pour l'auteur, celui de l'étrange ou du fantastique et qui, par comparaison, semblent bien supérieurs aux autres. (« Magie », « Les cartes », « Les revenants »). Quel dommage que « Film parlé », le texte le plus faible, un scénario qui ne donna même pas lieu à un court métrage, occupe presque la moitié du recueil !
Une enfance volée 6 étoiles

C.C Rider a fort bien analysé l'esprit de ces textes, certes très épars ; je partage aussi son avis quant à la longueur et... la langueur extrêmes de la nouvelle «film parlé» ; j'ajouterais simplement qu'ils expriment tous, à un titre ou à un autre, l'immense rancoeur d'Irène Némirovsky, totalement privée d'amour maternel pendant son enfance et la portée de ce manque dans une vie d'adulte. Ainsi fait-elle dire dans «film parlé» à la petite Anne «Je veux rester avec vous. Vous êtes ma mère. On n'a pas le droit d'avoir des enfants pour faire leur malheur» ; la première phrase d'«Echo» est aussi très révélatrice à cet égard : «J'étais un petit enfant, dit l'écrivain, et, comme tous les enfants, l'être le plus malheureux, le plus faible au monde».
Fanny, la mère de l'auteur, ne pensait qu'à ses amants et à ses toilettes ; plus tard, après la disparition d'Irène et de son mari, cette grand-mère indigne poussera même l'ignominie jusqu'à refuser d'ouvrir à ses petites filles, Denise et Elisabeth (Gille) en leur criant derrière la porte de s'adresser à un orphelinat, puisque leurs parents étaient morts ...
La réalité a ainsi dépassé la fiction, car Irène Némirovsky, dans les écrits les plus noirs de ce recueil, n'aurait jamais osé imaginer une telle destinée. L'abandon volontaire dont elle avait tant souffert s'est ainsi reproduit d'une génération à l'autre, comme les scénarios de vie de ses nouvelles, mais, ici sous une forme, encore bien plus cruelle.

Isis - Chaville - 77 ans - 8 janvier 2011