...autrement dit un cocktail antidépresseur, destiné à tous les âges (disons à partir de 12 ans), réservé néanmoins à ceux qui s'intéressent un tant soit peu à l'observation de la nature et en particulier au petit monde animalier qui la peuple.
La critique principale a d'ailleurs fort bien rendu compte de la teneur de ce livre dans lequel l'auteur nous raconte, vingt ans après, ces fameuses années enchanteresses vécues à Corfou, au sein de l'extravagante tribu Durrell (dont il n'est pas le plus banal représentant), peu de temps avant la seconde guerre mondiale.
L'ouvrage abonde en descriptions de cet environnement paradisiaque que l'auteur nous restitue avec ce regard émerveillé de la pré-adolescence et qui fut pour lui un immense terrain de jeux, un monde magique propice à la découverte du vivant et notamment de ce microcosmos et de cette faune qui passionnaient déjà le futur célèbre naturaliste.
En même temps, cette fascination, il a su nous la faire partager au travers d'un art descriptif accompli, d'une prose imagée et très évocatrice, tour à tour empreinte d'une poésie enchantée (la scène de la rencontre avec Mme Kralefsky par exemple ou "La féerie des lucioles"...) ou d'une rigueur et d'une précision entomologiques (le combat épique entre la mante et le gecko). Dans la première traduction française, il avait été d'ailleurs choisi un autre titre "Féeries dans l'île".
L'autre aspect, tout aussi présent, est celui de la relation des petits évènements ou incidents de la vie quotidienne et des comportements individuels des autres membres de la famille (ou personnages hauts en couleur qui gravitent autour) certains confrontés au décalage des mœurs locales ou le plus souvent en but aux désagréments causés par la passion de notre petit héros. Tout cela donne lieu à des scènes désopilantes et nous est toujours raconté avec un humour qui ne cesse de nous faire sourire.
Par ailleurs, comme le laisse entendre Alud, le frère aîné Lawrence (Larry) n'y apparaît pas sous un jour très sympathique mais comme un personnage alors plutôt timoré, fat et égoïste doté néanmoins d'un humour cynique redoutable.
L'ouvrage a été un best-seller à sa sortie et se voit sans cesse, nous dit-on réédité depuis; il aura constitué pour moi un intermède de lecture agréable et rafraîchissant. Et quel plaisir de savoir que ce n'est que le premier tome d'une trilogie dite "de Corfou" dont les Editions de La Table Ronde ont eu la bonne idée de nous offrir une traduction revisitée (*) des deux premiers tomes et la première traduction française du dernier "Le jardin des dieux". Du bonheur en perspective!
(*) C'est dans cette version que j'ai lu celui-ci.
Myrco - village de l'Orne - 75 ans - 31 mai 2014 |