Purgatoire, livre 1
de Christophe Chabouté

critiqué par Dirlandaise, le 14 août 2009
(Québec - 69 ans)


La note:  étoiles
La dégringolade de Benjamin Tartouche
Je suis de retour avec mon petit Chabouté plein de talent et de charme. Je suis une fan alors…

Au début de l’histoire, nous faisons connaissance avec Benjamin Tartouche, un jeune gars de vingt-sept plein d’avenir et à qui la vie semble sourire. En effet, notre jeune héros converse au téléphone avec un ami de Montréal et lui raconte ses bonnes fortunes : un bon emploi en vue et une maison reçue en héritage d’une vieille tante décédée trois mois plus tôt, enfin « une grosse baraque » comme il dit. Sa conversation terminée, il sort pour se rendre à sa compagnie d’assurance et croise une belle jeune fille qui lui dit un petit bonjour tout timide ce qui a pour effet de rendre notre jeune gars tout heureux. Enfin, tout baigne pour lui jusqu’à ce qu’arrive le drame…

Pour le dessin, Chabouté nous a mis de la couleur tiens ! Les deux autres bd que j’ai lues de lui étaient en noir et blanc. Son dessin, je le reconnaîtrais à mille lieux à la ronde tellement il lui est caractéristique. Son jeune héros ressemble étrangement au héros de « La bête » pour la physionomie mais en plus jeune. J’aime bien le réalisme de ses dessins, le côté triste et sordide de la vie, il ne craint pas de le montrer. Ses personnages sont très expressifs, très caractérisés mais sans exagération. Parfois, on a cependant du mal à distinguer le sexe tellement ses filles ressemblent souvent à des gars, surtout celles aux cheveux courts. Le jeune Benjamin est tout ce qu’il y a de sympathique. Il affiche souvent une mine triste, désespérée et se promène la tête basse, en vaincu.

Les couleurs sont sombres, à dominante de brun et de rouille. L’analyse sociale est assez juste et démontre bien de quelle façon une belle situation dans la vie n’est jamais acquise et que la dégringolade peut survenir à tout moment sans crier gare. Le contraste entre la puissance du riche et la vulnérabilité du pauvre est intéressant.

Chabouté jette un regard désabusé sur la société mais il n’est pas entièrement pessimiste. Il y a toujours une lueur d’espoir malgré les tuiles qui s’accumulent sur la tête de son héros. Ah oui, je l’aime bien ce Chabouté et malgré le fait que l’originalité de ses thèmes ne soit pas une de ses caractéristiques premières, je me laisse embarquer à chaque fois par son charme et sa douce tendresse. La fin percutante de ce livre premier a aiguisé ma curiosité et il me tarde de lire la suite.

« Je bouffe ce que je trouve dans les poubelles depuis des semaines !!... Je dors avec les poivrots dans la rue… Je me suis fait ramasser trois fois par les flics… Les soi-disant honnêtes gens détournent le regard en ma présence ! J’ai essayé de dormir dans un foyer pour S.D.F… On m’a piqué le peu d’affaires que je possédais !... Je n’ai pas changé de vêtements depuis un mois… et je ne vous parle pas de prendre une douche ! Alors franchement !... votre désarroi, vous savez où vous pouvez vous le mettre !! »