Anticommuniste convaincu, Sir Arthur Benton explique à Marchand au cours de son interrogatoire comment il a participé à l'effort de guerre nazi afin d'empêcher l'Union Soviétique de prendre l'avantage dans la lutte idéologique à laquelle se sont livrés les deux totalitarismes dans les années 30 et 40 en Europe. Très vite, il comprend qu'un tout autre objectif dans l'esprit des dirigeants du 3ème Reich se superpose à cette lutte contre le communisme. La lutte raciale n'est pas un leurre et à Wansee, en 1942, Heydrich et Eichmann s'apprêtent à conduire la "solution finale" qui vise à l'extermination des Juifs d'Europe.
Ainsi Benton, bien que traître à son pays et impitoyable envers ses ennemis, et bien qu'au courant des agissements du régime qu'il a choisi de servir, n'adhère pas à ce programme. Cyniquement, il ne s'insurge pas de ce choix pour des motifs éthiques mais pense qu'il est dangereux de se détourner de la lutte principale qui est le combat contre le géant soviétique... Marchand, le capitaine français, a juré de l'éliminer, et se lance à ses trousses à travers l'Europe occupée avec son équipe et l'aide d'un Juif communiste entré en résistance.
Un bon tome, avec un dessin toujours très particulier de Perger mais tout à fait adapté à l'ambiance et au scénario.
Dommage que le personnage de Marchand soit aussi archétypal... d'autre part certaines scènes sont à la limite de la caricature et n'apportent rien à l'histoire et nuisent à la crédibilité du scénario de Tarek par ailleurs très enlevé et assez bon. Je pense notamment à la scène au cours de laquelle Marchand se rend en voiture de Lodz à Varsovie et tombe par hasard sur le camp d'extermination de Chelno et a tout le loisir d'observer les amoncellements de cadavres dans la cour du camp. Volonté d'édifier le lecteur? On ne croit pas un instant que les nazis aient pu laisser quiconque s'approcher de preuves aussi terribles, surtout en 1944 alors que les événements s'accélèrent contre eux. J'ai relevé deux ou trois autres incohérences de ce type qui plombent un peu le récit (Benton parle par exemple p2 d'une stratégie sciemment élaborée, le Blitzkrieg, alors que cette expression est apocryphe); mais dans l'ensemble l'album se laisse lire avec beaucoup de plaisir.
Vince92 - Zürich - 47 ans - 25 mars 2017 |