Les Émigrants
de Winfried Georg Sebald

critiqué par Donatien, le 18 février 2009
(vilvorde - 81 ans)


La note:  étoiles
A la recherche des destins perdus.
Je crois que c'est le premier livre de W.G. Sebald traduit en français .(1999). Il y évoque quatre destins d'êtres humains pour la plupart juifs d'origine allemande forcés à l'expatriation par le nazisme et les conditions économiques .

Ses textes sont illustrés par des photographies de personnes, de lieux, d'objets, de journaux ce qui leur donne la forme d'un rapport d'enquête lui-même enchâssé dans ses propres impressions de voyage sur ces lieux ou sur les entretiens qu'il a avec des témoins.

Ce style le caractérisera dans les livres qui suivront. Il est d'après moi très efficace pour susciter l'intérêt et l'empathie du lecteur.

1) Dr Henry Selwyn.

L'auteur le rencontre en 1970 lorsqu'il s'installe dans l'est de l'Angleterre et qu'il recherche un logement. Selwyn est un chirurgien retraité qui vit en solitaire dans un petit ermitage au fond du jardin.
Il dit être assailli depuis quelques années par le mal du pays.
Il lui fait part de la dépression dont il a été victime après la guerre de 14, lorsqu'il avait appris que le guide de montagne qu'il avait rencontré en Suisse était porté disparu. Il s'était attaché à cet homme de 65 ans qui l'avait emmené dans de nombreuses escalades à cette époque. "Il m'a semblé que j'étais moi-même enseveli sous la neige et les glaces".
Il lui raconte sa jeunesse, son installation en Angleterre et sa rupture avec le monde réel en 1960. "Depuis les plantes et les animaux sont presque mes seuls interlocuteurs".
Il se suicide quelques semaines plus tard.
Sebald apprend en 1986 que le glacier de l'Aar venait de restituer la dépouille du guide de montagne Johann Naegle, porté disparu depuis 1914!

2)Paul Bereyter.

En 1984, Sebald apprend que P.Bereyter chez qui il avait à l'école primaire avait "mis fin à ses jours en s'allongeant sur les rails au passage du train".
Au détour d'une phrase, l'article disait aussi, sans fournir d'autres détails, que le 3ème Reich avait empêché Paul Bereyter d'exercer sa profession d'instituteur.
Il n'en faut pas plus pour que cet homme devienne, dans les années qui suivent, l'objet des préoccupations de Sebald.
Il déclenche ses moyens de recherches habituels afin de retrouver les indices et éléments qui permettraient d'entrevoir la vraie vie de cet homme. Il découvrira que Bereyter a été écarté de l'enseignement parce qu'il n'était qu'à 3/4 aryen mais aussi qu'il avait été mobilisé durant 4 ans dans l'armée allemande.

3)Ambros Adelwarth.

Grand-oncle de Sebald qu'il n'a vu qu'une fois en 1951.Il avait 7 ans et avait été impression par sa parfaite élocution et sa mise soignée.
Le destin d'Ambros qui dès 14 ans devient garçon d'étage dans la grande hôtellerie, puis valet de chambre et majordome chez des banquiers juifs de New-York m'a semblé étrangement identique à celui du majordome James Stevens du film "Les vestiges du jour" interprété par Anthony Hopkins.
"Rétrospectivement, on peut dire qu'il n'a jamais existé comme personne privée, qu'il n'était plus que la correction faite homme".
Il mourra dans une maison de soins victime d'un médecin fou d'électrochocs à répétition.

4) Max Ferber.

Lorsque Sebald se rend à Manchester (1966), il constate (et décrit) l'état d'abandon et de ruine dans lequel se trouve cette ville qui avait été la gloire industrielle des années 1920.
Il y rencontre le peintre Max Ferber qui travaille jour et nuit dans un hangar abandonné. Ils ont de longues conversations durant lesquelles sont évoquées les années de jeunesse en Suisse, l'immigration forcée de Ferber.
Ses parents étaient parvenus , en 1939, à lui faire quitter l'Allemagne nazie. Il avait assisté aux défilés à Munich : "C'était comme si là, sous les yeux des spectateurs, étaient éclos , l'un chassant l'autre, un nouveau type d'humanité".
Ferber lui confie des textes rédigés par sa mère Luiza Lanzberg, dont Sebald nous restitue de longs extraits magnifiques. Ses parents seront déportés en 1941.
Sebald retourne sur les lieux (Steinach et Kissingen), mais en repart écoeuré par l'abêtissement, l'amnésie des Allemands, "l'habileté avec laquelle tout
avait été rendu propre".

Du grand art!
Je suis passée à côté 5 étoiles

Il est des livres que l’on voudrait aimer, tant ils semblent avoir été aimés par d’autres qui vous l’ont conseillé. Des livres dont la quatrième de couverture attire l’attention et que l’on achète, certain d’avoir déniché la perle rare. « Les émigrants » était de ceux-là, au point de passer devant de nombreux autres qui sont en souffrance dans ma pile depuis de longs mois.

Malheureusement ce livre fait de plusieurs récits retraçant le parcours de quatre hommes ayant vécu un exil forcé ne m’a à aucun moment touchée. Et le roman que je croyais bouleversant voire déchirant m’a laissée totalement indifférente.
L’écriture est pourtant irréprochable, je ne vois rien à redire de ce côté-là. Mais le récit m’a bizarrement semblé trop distancié par rapport aux personnages et aux situations qu’ils vivent. Situations qui ont précisément tout pour émouvoir. Mais pour moi c’est raté... dommage. Je remarque d'ailleurs qu’il en est souvent ainsi lorsque l’attente est trop grande.

Aliénor - - 56 ans - 22 juillet 2009