Les yeux bleus
de Thomas Hardy

critiqué par Gryphon, le 2 novembre 2008
(Mexico DF - 59 ans)


La note:  étoiles
Bleu victorien
Ces yeux bleus appartiennent à l'héroïne, une fille de pasteur dans une province anglaise imaginaire. Son tort, c'est de tomber amoureuse coup sur coup de deux hommes, d'abord d'un jeune architecte un peu blanc-bec qui est visiblement dépassé par les circonstances, ensuite d'un vieux garçon, dandy, londonien en diable, critique littéraire et tuteur du premier, mais empreint d'une morale victorienne, celle qui lui fait rompre la relation en apprenant qu'il n'est pas le premier - comprenez: à avoir embrassé sa fiancée.

Annulation qui n'est pas sans rappeler l'affaire récente de l'annulation du mariage musulman pour cause de non-virginité. Comme quoi, il n'y avait aucune raison de trop s'offusquer, le roman de Hardy datant de 1870. Nos moeurs occidentales "libérées" ne sont que trop récentes.

Roman réaliste, psychologique, destin de femmes, affaire de passion féminine - thème que Hardy va développer dans ses romans ultérieurs - "Tess Of The d'Urbervilles", "Far From The Madding Crowd" etc. "A Pair Of Blue Eyes" est le roman qui l'a fait connaître, et si ce n'est pas le plus essentiel des Hardy, c'est dû à ce ton de supériorité agaçante que prend le narrateur pour décrire son héroïne. D'ailleurs, celle-ci meurt à la fin du livre, rejoignant ainsi les Madame Bovary et autres Effi Briest. Les héros - bien vivants, eux - pourront toujours se la jouer inconsolable, il n'empêche qu'il restera toujours ce petit arrière-goût d'un "bien fait pour elle!" de mâle malmené...